La ville de Sétif se situe à 300 km à l'est d'Alger, 65 km de Bordj Bou Arreridj et à 123 km de Constantine. Elle est située à 1 100 m d'altitude dans les plateaux du sud de la région. La ville est peuplée de 288 461 habitants, la wilaya est la seconde national en matière de population après Alger.

 La ville est construite sur les plateaux algériens et se compose de steppes arides, le climat est de type continental.

 

 

 

Lieux-dits, quartiers et hameaux

La ville est constituée de plusieurs quartiers dont : les (200 , 300 , 400 , 500, 600 , 1000,1006 &1014) logements, Dallas (Cité 1er novembre), El Hidhab (nouvelle ville), cité Lahchama, centre ville, Horfa, Ain Droudj, Tandja, Rue de Sillegue, Bel Air, Lapinède, Kaboub, El Gasriya, Birgai (Digheche), Ain Bouaroua.

Étymologie

 

Le nom de la ville est d'origine berbère. Sa signification fait référence à la couleur des champs labouré.

 

Histoire

Aperçu historique sur la région de Sétif

 

La préhistoire

A l'instar des autres régions du pays, la wilaya de Sétif recèle d'un patrimoine archéologique digne de tous les intérêts. Ainsi, les premières traces d'occupation humaine dans la région de Sétif remontent à la préhistoire. Des fouilles effectuées en 1928 et 1931 (Paulmassiera, Plante, C.Aranbourg) ont révélé des stations datées du paléolithique inférieur (Ain Lahneche) et de l’épipaléolithique (Mazloug et Ain Bouchrit) et la découverte de gisements d’industries et de silex ainsi que les ossements et ruminants et d’autres animaux.

L'ère de la Numidie

Sétif a été Numide avant de subir la domination romaine. Le nom de Sétif n'est pas tiré du Latin, mais c'est un mot berbère "Zdif" qui signifie "terres noires" allusion faite à la fertilité de ses terres. Occupant une position stratégique (Porte d'entrée Ouest des hauts Plateaux Constantinois) et un point d'eau important grâce à ses nappes phréatiques, située au pied des montagnes au seuil d'une plaine immense, Sétif avec tous ses avantages était un point de passage stratégique entre la partie orientale et la partie occidentale de l'Algérie. Sétif faisait partie du royaume des messasyliens et en l'an 225 avant J.C elle était la capitale d'un royaume berbère, titre qu'elle perdit lorsque Juba lui préféra Cherchel. C'est près de Sétif que Jugurtha livra une grande bataille à marius.

L'ère de l'occupation romaine

En 57 après J.C Sitifis, son appellation de l'époque, pour sa situation géographique intéressa énormément l'empereur Nerva qui décida d'établir une colonie de vétérans, cette dernière reçut différents noms 'Colonia Nerviana' 'Augusta Martialis' 'Vétéranium Sitiansium'.

Au cours des périodes historiques et avant l’époque romaine, peu de repères archéologiques ont révélé que Sétif était ville importante. Cependant les sources latines nous informent qu’elle faisait partie des royaumes Numides. Des moments particuliers et importants de l’histoire de Sitifis, ville romaine fondée par l’empereur NERVA vers l’an 96 après J.C sous le nom officiel "Colonia Nerviana Augusta Martialis Veteranorum Sitifensium" et sous l’empereur Caracalla "Respublica Sitifensium Nerviarorum Antoninianorum".

A l’image du musée de Djemila qui regorge d’une inestimable richesse, les divers sites antiques qui font la fierté des Sétifiens, attirent par leurs simple énumération composée d’une ville païenne et d’une autre chrétienne, la ville de Djemila (Cuicul) s’étend sur une superficie approximative de 42 hectares, en suscitant des interrogations quant à sa tragique disparition mais aussi des curiosités de par son baptistère, ses deux basiliques, son arc de Caracalla et ses luxueuses demeures de BACCHUS CRESCONUS, amphitrite et Europe. Le grand mausolée de SCIPION l’africain situé dans la ville de Sétif. Sa partie supérieure, conservée, clôturée, restaurée, raconte l’ensevelissement douloureux d’une autre partie inférieure essentiellement composée d’une chambre funéraire. L’antique château d’eau Barral qui s’use dans l’alimentation en eau potable d’une ville riche de par son prestigieux patrimoine. Le jardin d’Orléans (dotée de 200 stèles épigraphiques colonnes à inscriptions latines et chapiteaux) est considérée comme étant le premier musée lapidaire d’une ville qui comporte d’autres sites dont ceux de Mons et de Ain Soltane. Mentionné comme étant Dar-El-Hidjra, le site médiéval d’Ikdjane est une ville fortifiée et base opérationnelle des troupes chiites du IXème siècle après J.C, ville par ailleurs fort encerclée par des mosquées et zaouias dont celle d’Amazine, Tignathine, Chorfa Olia, Tighlite, Theguerionette et Tizi Ain Chiba.

L'ère de l'occupation byzantine


L'itinéraire des vandales en Afrique, de Tingi (Tanger) vers Carthage passa naturellement par Sitifis atteinte probablement au début de l'année 430. A l'an 419, Sitifis subit un violent tremblement de terre qui la détruisit au 5/6 ème.
Lorsque les Byzantins arrivèrent à Sitifis après le passage des vandales, ils trouvèrent une population fort réduite.
Ainsi, en l'an 539, la ville est occupée et redevint capitale d'une province : La Mauritanie Première. A cette époque, Solomon édite l'enceinte de la forteresse Byzantine, dont les murs Ouest et Sud sont encore visibles près du parc d'attraction.

L'ère de l'occupation arabe et turque

En l'an 27 de l'Hégire (647 après J.C) eut lieu la première invasion musulmane en Afrique. En 40 ans, de 660 à 700, la colonisation Arabe s'est réalisée grâce à des armées organisées, la population (Les berbères) résista à l'occupation arabe. Lors du triomphe de la doctrine Chiite, des missionnaires partis de l'orient travaillent à gagner des prosélytes (nouveaux convertis) à la cause d'Obeide Allah qui aspirait à l'imamat, c'est à dire à l'héritage de l'autorité temporelle et spirituelle de Mohamed dont il se prétendait de descendant. Un de ces missionnaires Abou Abdellah qui avait trouvé des adeptes chez des berbères Kotama de la petite Kabylie mit le siège devant Sétif. La place finit par capituler et fut ruinée de fond en comble, la muraille qui l'entourait fut détruite en l'an 904. De grands états berbères se constituèrent et même en 972, El Moezz issu de la tribu des Kotama de la région de Béni Aziz située à quelques kilomètres de Sétif, dernier Emir fatimide de Kairouan fut appelé au trône d'Egypte et quitta l'Afrique du nord. L'arrivée des Béni-Hillal, lancée vers 1050 de la haute Egypte contre les princes berbères Hammadites qui s'étaient déclarés indépendants, triomphe d'abord de toutes les résistances et s'établit en dominatrice dans les plaines. Seule la grande bataille qu'à livré les Almohades contre les Hillaliens témoigne de l'importance de SETIF dans le nouveau pouvoir du royaume qui unifie le pouvoir musulman au maghreb.

Au bas du moyen âge, Sétif a continué à relier les grandes villes musulmanes de Fès à Tunis et de Tunis à l'orient.
L'intensité des changements politiques et économiques des pouvoirs à l'époque des royaumes musulmans à causé la décadence urbaine de la ville de Satif et a orienté l'implantation de nouvelles capitales a proximité d'elle. Sétif décrite comme petite ville à la fin du 15ème siècle, été rattaché au royaume Hafside à Bougie.

L'ère de l'occupation française

A l'époque turque, Sétif était dominée par les grandes familles locales dont les Ameurs était la grande fraction et gouverné par les chefs Turques envoyés par les Beys de Constantine. Cette organisation nomaniale a laissé la ville de Sétif loin des pouvoirs politiques et a mené la marginalisation de la ville jusqu'à l'arrivée des troupes françaises le 15 décembre 1848 par le Général Galbois qui reconnut la ville, mais ne s'y installa que l'année suivante, leur installaton se fit hâtivement, les constructeurs de ce temps là, n'eurent aucun égard pour les vestiges anciens, ils utilisèrent une quantité importante de pierres de tailles Romaines pour les fortifications militaires.
Une ordonnance royale créé officiellement la commune qui fut entourée d'un mur d'enceinte percé de 4 portes, celle d'Alger, de Biskra, de Constantine et celle de Béjaia. Seule la porte de Béjaia qui existe à ce jour et qui est une des entrée du Parc d'attraction.

L'occupation de la ville a été faite pour des raisons bien précises. La position centrale et l'histoire se rattachent à son passé. Un partie de l'enceinte Romaine permettait d'abriter des troupes en cas d'attaque et surtout pour ses terres fertiles, riche en arbres fruitiers et en légumes de qualité supérieure.

De 1870 à 1930, le système colonial commençait à se stabiliser au seul profit de la population européenne. Ce n'est qu'à partir de cette date que des groupements qui refusent l'inégalité se multiplient et étendent leur influence.
Au cours de la même période se produit un mouvement de renouveau culturel et religieux appelé la Nahda sous la direction de Cheikh Ibn Badis. Son action trouve un immense écho auprès de la population musulmane de la région de Sétif, qui ne cessait de réclamer des réformes.

Les massacres du 8 mai 1945 :

La série des massacres avait débuté bien avant le 08 mai 1945 à travers la ville de Sétif et certaines régions environnantes. Des soldats armés faisaient le porte-à-porte et obligeaient hommes, femmes et enfants à sortir pour monter dans des camions.

Une panique générale et des cris des femmes et d’enfants s’intensifièrent dans certains quartiers, notamment du côté de la Gare et Bab Beskra. Quelques rafales, se faisaient entendre dans les quatre coins de la ville. Ceux qui essayaient de fuir ou de riposter se faisaient abattre sur le champ. A ce moment, une voix s’élevait tout au long de la rue de Constantine. Un jeune homme, brandissant le drapeau algérien, criait à tue-tête «Tahia El-Djazaïr, Tahia El-Djazaïr». Ce jeune moudjahid de la première heure n’était autre que le premier chahid du 8 Mai 1945 : Saâl Bouzid, c’est son nom, il fut abattu de plusieurs rafales, en plein milieu de la mystique avenue. Il mourut avec tous les manifestants, en s’affaissant sur l’emblème national. Dès lors, des camions de type GMC continuaient à charger toute personne qui se trouvait sur leur passage. Le convoi prenait la direction de Kherrata. Les habitants de cette autre ville historique n’allaient pas échapper à l’embarquement qui les menait avec leurs autres concitoyens de Sétif, vers le camion de la mort. Les milliers d’Algériens furent déchargés depuis les bennes des camions au fond des gorges de Kherrata. L’horreur n’était pas terminée pour ces pauvres «bougnouls» comme aimaient les surnommer les colons français. Des hélicoptères dénommés «Bananes» survolaient les lieux du massacre pour achever les blessés. Une véritable boucherie humaine allait permettre, plus tard, aux oiseaux charognards d’investir les lieux.

L’armée française avait planifié pour faire de cette journée du 8 mai 45, un jour de génocide voire d’extermination de milliers d’Algériens. Pour mettre à exécution leur dessein les soldats français avaient procédé au regroupement de toutes les populations avoisinant les côtes-est de Béjaïa à Bordj Mira en passant par Darguina, Souk El-Tenine et Aokas. Toutes les populations de ces régions étaient forcées de se regrouper sur les plages de Melbou. L’occupant n’avait en tête que la liquidation physique de tout ce beau monde. Il fallait attendre l’ordre d’exécution qui devait parvenir du commandement de Constantine. Pendant ce temps quelques vieillards et malades ne purent résister à une telle mobilisation et succombèrent sur le sable avant d’être jetés à la mer. C’est alors qu’une jeep transportant des officiers de l’armée surgit, brusquement, au milieu de la foule. L’un d’eux s’emparant d’un haut-parleur devait ordonner l’extermination. Des cris et pleurs de femmes et d’enfants déchirèrent alors ce silence plein d’angoisse. Mais l’officier français allait, contre toute attente, «soulager» cette foule humaine qui attendait de passer par les armes. Du haut des sièges de la jeep, il lança : «le commandement militaire de Constantine a décidé de vous épargner. Pour cette fois-ci, vous pouvez donc partir».

La foule se déchaîna et courut dans tous les sens. Elle venait d’échapper à une extermination certaine. Le peuple algérien se souviendra longtemps de ce mardi 8 mai 1945, jour de marché. Un habitant et moudjahid qui avait échappé au génocide perpétré dans les gorges de Kherrata, en faisant le mort, se souvient parfaitement : «Je ne pensais pas à la vie puisque je me savais déjà mort. Un tel génocide n’est pas fait pour être oublié. Il m’est pénible de voir que de nos jours les gens n’en parlent que rarement pour ne pas dire jamais».

Transports

 

Deux lignes de tramway sont en cours de construction.

 

L'Aéroport de Sétif - 8 Mai 1945 est situé dans la ville de Aïn Arnat, à l'ouest de Sétif.

 

 

Économie

 

La région de Sétif connait un dynamisme certain en Algérie, la région bénéficie d'importants projets investissement ( aéroport, gare routière, tramway). L'industrie est principalement représentée par les secteurs plastique, électroménager, chimique.

 

Au niveau agricole, c'est une des principales régions céréalières du pays.

 

Sétif est également un centre commercial dominant dans la région. En 2015 le Park Mall de Sétif devrait ouvrir ses portes.

 

 

Sports

 

La ville de Sétif dispose d'une équipe de football, l'Entente sportive de Sétif qui a gagné 8 coupes d’Algérie, 5 championnats dont 2 doublés , 2 coupes arabes des clubs champions , 2 coupes d’Afrique des clubs champions en 1988 et 2014 et une coupe Afro-Asiatique en 1989.

 

Le Nouveau Stade Olympique couvert de 50 000 places a été approuvé par le gouvernement et sera lancé en janvier 2015 pour une durée 36 mois.

 

Elle dispose aussi d'une autre équipe de football (USMS). Elle a été finaliste en coupe d'Algérie en 2002.

 

La nouvelle piscine olympique d’El Bez a été inaugurée en 2014

 

Sétif est le lieu de deux compétitions cyclistes internationales :

 

  • le critérium international de Sétif : les cyclistes courent sur un circuit fermé de 40 tours totalisant 128 kilomètres. Le départ est devant le siège de la wilaya de Sétif, avenue du 1er Novembre.
  • le tour international de Sétif : les cyclistes courent dans la wilaya de Sétif en trois étapes pour un parcours totalisant au total 346 kilomètres.

 

 

Loisirs

 

Un parc aquatique verra le jour fin 2015 près de la cité Laïd Dahoui.

 

Le Park Mall de Setif sera inauguré en 201510.

 

Le parc d'attraction de Sétif constitue un point de loisirs et de tourisme en plein cœur de la ville.

 

Un cinéma 3D est inauguré le 1er novembre 2014.

 

 

Patrimoine

 

La ville recèle un patrimoine archéologique qui a poussé les services de l'Unesco à conseiller l'aménagement d'un parc archéologique à visées touristique et culturelle. Néanmoins, celui-ci n'est toujours pas inscrit à ce jour à la liste du patrimoine mondial. L'un des monuments emblématiques de la ville est l'ancienne mosquée (El Masdjid el Atik) ainsi que la fontaine d'Ain El Fouara.

 

 

Personnalités ayant un lien avec Sétif

 

 

Art/Litérature :

 

Mustapha ADJAOUT
El Yazid DIB
Rabah BELAMRI  
Abdelaziz GHERMOUL Ahmed IBRAHIMI
Yacine KATEB
Ammar KOROGHLI
Ahmed LALLEM
Mohamed Nadir MOSTEFAI

 

Politique/Histoire :

 

Ahmed IBRAHIMI
Henri DUNANT
Abdelmalek BEN HABYLES
Azouz BEGAG
Bouzid SAAL
Abdelaziz GHERMOUL Bachir IBRAHIMI
Meriem MAZA  

 

Musique :

 

Mohamed BADJI Nordine STAIFI,
Khier BEKAKCHI  

 

Sport :

 

Mohamed GRICHE
Abdelhamid KERMALI
Abdelhamid SALHI
Ali Layasse


La ville de Sétif à travers l'histoire

 

 

L'ancien site de Sitifis ne présentait à l'arrivée des Français en 1838 qu'un amoncellement de ruines abandonnées à la place d'un fort byzantin et un seul arbre prés d'une source (signe de vie) au pied de cette ancienne citadelle.

 

L'histoire glorieuse passée de la capitale de la Mauritanie Sétifiènne, le tracé dense des anciens itinéraires, les signes de contrée fertile, la position stratégique du site et la situation de carrefour, militent en faveur de la fondation d'une ville en ces lieux ou plutôt la reconstruction de la ville, détruite par un tremblement de terre, mais sous une autre forme répondant à des objectifs spécifiquement militaires de l'époque (colonisation militaire d'abord). Ainsi Sétif fut une création ex-nihilo du pouvoir colonial français.

 

Cependant l'armée n'ayant pas suffi seule à poursuivre les travaux d'édification, il a fallu le concours d'ouvriers civils qui formaient déjà une importante population.

 

Une fois que l'édification de la forteresse militaire (nouvelles casernes à l'emplacement de la citadelle romaine et le fort Byzantin) fut très avancée et devant l'afflux d'ouvriers civils, les constructions s'orientent vers les besoins de cette population civile qui a nécessité la mise au point d'un plan régulier par arrêté de 1843 (premier plan urbain de Sétif) car au cours de la restauration des fortifications en ruines, le site occupé était distinctement séparé en deux îlots :

 

En 1847 une ordonnance royale crée officiellement le centre de Sétif : ainsi les maisons en toube, les tentes et autres constructions édifiés par apports successifs disparurent définitivement en 1845 pour être remplacés par des constructions élevées suivant de nouveaux alignements consignés dans le plan régulier.

 

Peu à peu la ville de Sétif renaît à l'intérieur de sa structure intra-muros et possédait déjà tous les caractères des centres de colonisation ; tracé orthogonal, larges artères commerçantes donnant au centre agricole son embryon urbain.

 

Sétif

 

Formation définitive du noyau urbain intra -muros de Sétif .

 

En 1872 la ville de Sétif prend forme, se structure, se densifie et s'équipe à l'intérieur d'une muraille d'enceinte percé de quatre portes correspondant aux quatre points cardinaux, affirmant de la sorte sa position stratégique de carrefour :
Ø Nord : porte de Bougie.
Ø Ouest : porte d'Alger.
Ø Sud : porte de Biskra.
Ø Est : porte de Constantine.

 

Ce noyau colonial originel est constitué de deux quartiers de part et d'autre d'une voie dans le sens Est / Ouest (portion de la future RN 5).Voir photo N°3

 

Quartier militaire au Nord : Sur l'emplacement de la citadelle et son agrandissement, comprend de grandes casernes pour l'infanterie et la cavalerie.

 

Quartier civil au Sud : Caractérisé par un tracé orthogonal en damier avec une forte occupation du sol présentant tous les ingrédients d'une structure urbaine :

 

  • Large rues tracées régulièrement avec trottoirs bordés d'arbres.
  • Magasins et échoppes sous les arcades.
  • Maisons et immeubles de rapport.
  • Equipements importants :
    1. Recette des postes (1845)
    2. Mosquée reconstruite (El Attik ) en 1845
    3. Etablissement bancaire (en 1855).
    4. L'hôtel de ville et salle des fêtes (en 1856) sur l'emplacement du bureau arabe
    5. Tribunal de 1ère instance en 1860.
    6. Eglise Sainte Monique (future mosquée Ben- Baddis ) en 1867.
    7. Collège colonial (plus tard lycée Kerouani ) en 1873
    8. Sous -préfecture en 1874.
    9. Théâtre municipal en 1896
    10. Fontaine monumentale (Ain Fouara) en 1898.

 

Les places et squares (place Joffre - Ain Fouara ), du marché, de l'église et square Barral.

 

Après la 1ère guerre mondiale, les autorités municipales de Sétif prennent en main le développement spatial de la ville en procédant à certains aménagements dans les environs immédiats de la ville intra- muros.

 

Un vieux campement établi sur un terrain communal loué en 1881 à quelques nègres venus du sud appelé village nègre ou " Zmala "
Un Habitat. Bon. Marché pour édifier des villas avec jardins au profit des classes moyennes européennes Une cité de recase ment au Nord de la ville, au-delà des terrains militaires (champ de manœuvre).,la cité Bel-Air qui attribue une pièce par famille dont les membres s'adonnent à l'activité artisanale en rapport avec leur vocation traditionnelle du travail de la laine(tapis et burnous).
Parallèlement à la cité de Bel-Air, on a construit des cités pour les combattants de la guerre 14-18 ; cité des combattants au Sud-Ouest de la muraille et une deuxième cité militaire à la cité Lévy (actuelle cité Tlidjène).

 

Avènement du rail et transformations urbaines inhérentes(1925)

A partir de 1925, période marquée par l'avènement du chemin de fer et la construction de la gare au Sud- Est de la ville intra-muros, les remparts ont été démolis(sauf à la citadelle du coté Nord, porte de Bougie), laissant la place à un large boulevard cernant le noyau intra-muros et permettant au tissu urbain de s'étendre au-delà des anciennes portes d'Alger, de Constantine et de Biskra.

 

Ø La démolition de la porte de Biskra au Sud laissant apparaître le faubourg de l'industrie et de l'artisanat .
Ø La démolition de la porte d'Alger à l'Ouest a entraîné l'intégration du faubourg des jardins caractérisé par un habitat pavillonnaire clairsemé entouré de jardins mettant à profit la présence d'eau souterraine.

 

Ce faubourg s'est organisé au voisinage du jardin d'Emir Abdelkader (ex : Orléan), véritable musée en plein air qui réunit de remarquables bas-reliefs et des statues et l'hôpital civil dont la construction fut terminée en 1939 et surplombant le tracé de la R.N. 5 (vers Alger).

 

Ø La démolition de la porte de Constantine à l'Est engendrait l'édification du faubourg de la gare qui s'est structuré autour des docks et silos de la compagnie genevoise et la gare, le lotissement Burdin, dans son prolongement, s'est organisé autour de la Mosquée Abou Dher El-Ghifari et du cimetière chrétien et la cité des cheminots caractérisée par un tissu en damier composé de maisons en tuiles entourées de jardins, résidences de la petite et moyenne bourgeoisie, s'étalant au bord de la RN 5 vers Constantine.

 

Cette croissance est basée sur le principe : noyau \ périphérie. La concentration des capitaux et du marché, l'attrait du placement des profits agricoles dans la spéculation immobilière ou dans les revenus urbains (commerce, administration, services, transports, artisanat et petite industrie) autant de facteurs qui jouent dans le sens du regroupement urbain européen.

 

La lutte armée et ses conséquences

 

A la veille de la guerre de libération, l'agriculture coloniale n'absorbait plus une main d'œuvre trop nombreuse, ce qui engendre un afflux vers la ville par la construction d'un habitat précaire ou entassement dans les vieilles cités.

 

Cette urbanisation(fausse urbanisation) des campements et de la concentration va en grandissant: l'exode rural, assurant le peuplement de la ville, révèle le déséquilibre économique colonial et engendrant le sous-emploi(artisans et commerçant sans clients, portiers et plantons, petits métiers et faux métiers) et le chômage en ville.

 

Emballement de TANDJA :

 

Comment s'est effectuée l'occupation du site ?

 

Initialement ces" exilés forcés" achetaient une petite parcelle de terrain, à proximité de la ferme, y construisaient une pièce et la desserte se ferait d'une façon ou d'une autre. Peu à peu un pâté, un îlot, un district prenait forme. Ces nouveaux venus étaient généralement des agriculteurs doublés de maçons. Il est construit en dur avec des ruelles tortueuses, des alignements fantaisistes, improvisés selon les besoins et les repères sociologico-culturels de chacun : on transpose les coutumes, les traditions, les conceptions du douar d'origine dans ce site périurbain en formation.

 

Devant l'afflux incessant de la population (demande croissante) les héritiers Yahiaoui s'adonnent à la spéculation foncière et il en est résulté un chaos urbain ressemblant plus à un énorme village rural densifié qu'à un quartier structuré et lisible

 

Dans le souci de contenir et d'endiguer l'extension démesurée de ce quartier, par crainte de son déferlement, les autorités ont vite procéder à son enclavement par l'entremise de dispositifs militaires et autres.

 

Ø Renforcement du poste de garde(ancien parc à fourrage) à l'Ouest.
Ø Clôture grillagée d'un vaste terrain au sein duquel se trouve l'observatoire à l'Ouest.
Ø Extension de la garde mobile(future brigade du dark el watani) de part et d'autre du CW117 vers sillège et sa fermeture(juste avant c'était une voie faisant jonction du faubourg de la gare et le site de Tandja) au sud.

 

Construction de l'école maternelle (future école Cheik Abdou) en 1956 au sud.

 

Préexistence de deux cimetières mitoyens : musulman et israélite au sud

 

Faits urbains divers:

 

A cette époque, on note la construction des bâtiments collectifs de Diar Enakhla et l'implantation du lotissement de Pierre Gaillet au profit des citadins algériens de vieille souche pour alléger les maisons collectives de type "Hara" du faubourg de la gare.
ü Quartier Pierre Gaillet dit "Birgay": c'est un quartier issu d'un lotissement planifié au profit des sétifiens de vieille souche ayant des possibilités financières, au sein des champs de blé de Pierre Gaillet et qui s'est organisé autour du marabout Bounechada au sud-ouest de la ville à proximité de la R N 28 vers Biskra.

 

Ø CENT en 1957: centre d'apprentissage professionnel des métiers et des techniques à proximité de la porte de Biskra et au sein du faubourg de l'industrie.
Ø Ecole maternelle(future école Abdou) en 1956 à proximité du cimetière musulman.
Ø Le nouveau tribunal en 1959
Ø Le commissariat central de police en 1960

 

Projets du plan de Constantine 1958- 1962:

 

Si certains projets d'habitats furent réalisés avant l'indépendance comme :

 

1) Cité ancien rempart de 66 logements en 1961.
2) Cité de l'avenir en 1960.
3) Cité Ciloc de 130 logements en 1960.
4) Cité Bel-Air de 103 logements en 1961.
5) Cité des fonctionnaires en 1961.

 

d'autres projets furent poursuivis, juste après l'indépendance, par les nouvelles autorités algériennes comme :
1) Cité Bel-Air de 130 logements en 1962.
2) Cité nouveau rempart de 121 logements en 1966.

 

Enfin ; le reste fut repris et intégré dans le premier plan triennal(1967-1970) de l'Algérie indépendante comme:
1) Cité Cenestal de 230 logements en 1968.
2) Cité Bouaroua de 150 logements en 1969.
3) Cité Bizard de 120 logements en 1970.
4) Cité Port Sais de 80 logements en 1970.

 

L'indépendance et nouveau mode d'organisation de l'espace urbain de Setif

 

a) Période 1962-1970 : Interventions urbaines réduites

 

1) Constitution subreptice du secteur de Kaâboub

 

A l'origine c'était un terrain rocailleux à forte dénivellation situé aux confins nord de la ville, au bord de la RN 9 vers Béjaia
Pendant la guerre de libération, son occupation se résumait à un habitat rural clairsemé d'une population réfugiée des zones montagneuses de Megriss, Bou-Andas Anini et Tafat fuyant les atrocités de l'armée coloniale et en quête de sécurité aux portes de la ville de Sétif.

 

Une fois l'indépendance proclamée, et la spéculation foncière aidant, le secteur se densifier progressivement d'une manière désordonnée, transposant ainsi les formes de composition d'un habitat rural en milieu périurbain en l'absence de contrôle des nouvelles autorités communales qui faisaient face à d'autres priorités.

 


2) Densification d'habitat_ grand équipement et plan triennal (1967-1970)
Durant cette période, il y eut des interventions réduites sur le tissu urbain existant et quelques opération de restructuration par l'implantation de grands équipements tels que :
Ø Siège de la wilaya.
Ø Complexe Olympique
Ø Lycée Ibn Rachik
Ø Bouclage au Nord-Ouest du boulevard, substitut de l'ancienne muraille.
On relève aussi la densification des cités issues de la guerre (Tandja andréoli) ou de la spéculation foncière(Bounecheda et les 5 fusillés) et l'achèvement des ensembles d'habitat du plan de Constantine, reconduits dans le plan triennal(1967-1970).
Ø 130 logements à Bel Air (1962).
Ø 121 logements aux nouveaux Remparts (1966).
Ø 230 logements à Cenestal (1968).
Ø 150 logements à cité Bouaroua (1969).
Ø 120 logements à cité Bizard (1970).
Ø 80 logements à cité Port Said (1970).

 

Cette première période d'après indépendance est caractérisée par la densification, par apports successifs, des secteurs du tissu urbain existant et un remplissage des zones tampons par de grands équipements.

 

b) Période 1970 - 1986 : Les programmes de construction d'habitat planifiés.

 

Avec la mise en œuvre des plans quadriennaux 1970-1974 et 1975-1979, on a retenu pour la ville de Sétif un programme de logements et une gamme d'équipements assez consistants.

 

Les interventions urbaines durant cette période caractérisée par dirigisme étroit, consistaient à donner une forme compacte et massive au tissu urbain de la ville par l'urbanisation des poches vides aux abords immédiats des parties urbaines densifiées.

 

Avec ces nouvelles occupations du terrain, la ville a vu naître un nouveau type d'habitat caractérisé par les grands ensembles pour répondre à un impératif social(crise de logement) ce qui a engendré une rupture avec l'existant sur le plan fonctionnel et urbanistique.

 

La question de l'habitat a toujours été posée en termes de quantité de logements et de capacité de moyens de réalisation : ce n'était là qu'une opportunité de conjoncture. Les terrains militaires sont révélés de fantastiques réserves foncières, la généralisation de l'habitat " socialiste et social ",l'exode rural incessant, la volonté d'industrialisation pour un développement accéléré.

 

Il est temps de comprendre que le développement est conditionné par l'aménagement du territoire national.

 

La crise actuelle est consécutive non pas à une crise du logement mais à une crise de l'habitat, en effet la crise du logement est une conséquence de mauvaise urbanisation, la crise de l'habitat est une affaire de mauvais aménagement du territoire.

 

Dés lors qu'on poursuivait la densification des anciens quartiers par apports successifs, on procédait à l'implantation de grands ensembles type HLM :

 

- 750 logements : absorption de cité Bel Air.
- 600 logements : champ de manœuvre militaire.
- 300 logements : cité Maâbouda (axe d'alger).
- 1000 logements :au sud de la ville (axe M'sila).
- 400 logements :au sud de la ville (axe M'sila).
- ZHUN :1006+1014 logements.

 

En plus des équipements structurants tels que :
+Lycée Khansa.
+Ecole paramédicale
+Siège APC.

 

Les urbanisations nouvelles et ponctuelles durant cette période et le tracé d'infrastructures adapté à travers l'espace urbain, ont fait apparaître de nouveaux secteurs qui sont autant d'amorces pour une future densification.

 

c)- du marché foncier et avènement de la promotion immobilière(1986-2000)

 

Durant cette période, qui se poursuit de nos jours, une nouvelle politique à caractère libérale apparaît qui veut promouvoir le logement individuel, type villa, de larges secteurs de la ZHUN étudiée par Tesco dans la décennie 70, ont été convertis en lotissements au profit des classes socio-professionnelles solvable de manière à intéresser le citoyen à la réalisation de son logement de même que la mise en place des coopératives immobilières.

 

L'urbanisation se poursuit du côté Est et Nort-Est en implantant le programme social des 1014 logements, le programme CNEP formule location-vente),des 1006 logements, le programme universitaire des 300 logements et la troisième tranche des 500 logements de la cité Maâbouda jusqu'aux confuis Ouest de la ville.

 

Le fait nouveau c'est la généralisation des lotissements résidentiels à El Hachmi(1ere tranche) Bouaroua "Dallas ", le lotissement F(prolongement de Ouled Braham), les coopératives immobilières, lotissements Chadli, Merouani, IAP, construction de lots marginaux dans un cadre de densification des secteurs existants offrant quelques poches vides, Yahiaoui, Tlidjéne, les 5 Fusillés.
Notons la rénovation de la cité précaire de Bizard au profit de l'implantation des sièges de la BCR, ERIAD, CNASAT, l'inspection académique et le transfert de ses habitants vers le village périphérique de Ain Trick.
Pour les équipements, certaines grandes réalisations ont vu le jour comme l'hôtel des postes, le parc d'attractions, le mémorial, le marché couvert de la cité de l'Avenir, densification des constructions au sein du site universitaire, siège SONELGAZ à Bouaroua, en plus des écoles primaires qui ont été érigées ça et là au sein de cités dépourvues ou déficitaires(Ben Begag nord Yahiaoui, Maâbouda, centre Yahiaoui, ZHUN).

 


Ancien plan de la ville de Sétif

 


Crédit: commune de Setif

 

TRANSFORMATIONS URBAINES DANS LES CITES COLONIALES DE RECASEMENT :
Cas du quartier Bel-Air à Sétif - Algérie

Bel Air Setif

 

I - Introduction :

 

Les quartiers anciens deviennent aujourd’hui des espaces à reconquérir par la ville algérienne, face à l’étalement urbain effréné et en l’absence de réserves foncières. Le cas de Sétif est ainsi intéressant, on y trouve quelques vieux quartiers croulant sous le poids d’une forte densité résidentielle et d’une précarité inadmissible, au moment où il n’y a plus de possibilité pour construire de nouveaux quartiers. Donc, le moment est venu pour développer les connaissances préalables à toute intervention sur les vieux tissus afin d’améliorer leurs conditions physiques et sociales.

 

Bel Air est l’un des plus vieux quartiers populaires à Sétif. Pour comprendre sa situation actuelle, il faut remonter son histoire. Après la première guerre mondiale, les autorités municipales de Sétif prennent en main le développement spatial de la ville en procédant à certains aménagements dans les environs immédiats de la ville intra- muros.

 

PlanPlan

 


Un vieux campement établi sur un terrain communal loué en 1881 à quelques nègres venus du sud appelé village nègre ou "Zmala" a été rasé pour édifier des villas avec jardins en Habitat Bon Marché (HBM) au profit des classes moyennes européennes. C’est la cité Lévy (actuelle cité Tlidjène).

 

Tandis qu’une cité de recasement a été implantée au Nord de la ville, au-delà des terrains militaires (champ de manœuvre). Il s’agit de la cité Bel-Air qui attribue une pièce par famille, dont les membres s’adonnent à l’activité artisanale en rapport avec leur vocation traditionnelle du travail de la laine (tapis et burnous). Parallèlement à la cité de Bel-Air, on a construit des cités pour les combattants de la guerre 14-18 ; cité des combattants au Sud-Ouest de la muraille et une deuxième cité militaire à la cité Lévy. Circulaire du gouverneur général Au sujet de I’habitat indigène 13 avril 1927 (J. O.A. 1927. 1ère P., p. 202) A Messieurs les Préfets d’Alger, d’Oran et de Constantine. La question de l’habitation doit être au premier rang de nos préoccupations tout aussi bien pour les indigènes que pour les européens.

 

C’est en effet I’absence d’habitation hygiénique et à l’abri des intempéries, qui est dans la plus large mesure la cause de la propagation des maladies épidémiques. Ce n’est ’pas seulement l’hygiène qui est en cause, il faut souligner encore des raisons d’ordre social de première valeur.

 

II est, en effet, d’évidence que la dissémination des habitations est à un autre point de vue une chose très fâcheuse. Elle rend la vie extrêmement difficile pour qui se trouve ainsi dans un isolement presque total, loin de la protection administrative, loin des médecins, loin des écoles, loin même des centres de travail qui pourraient procurer un peu d’aisance à la famille.

 

La colonisation elle-même souffre de cet état de choses qui, il faut l’avouer, n’est pas très favorable à la sécurité.

 

II y a donc des avantages considérables à essayer de constituer petit à petit un paysannat indigène qui élèverait socialement l’indigène et qui lui assurerait des bienfaits inappréciables.

 

Il y a eu jusqu’à présent que quelques tentatives isolées. Elles ont admirablement réussi. L’initiative hardie prise par M. Ie Délégué financier Levy à Sétif a été un grand succès et la mortalité est tombée aussitôt de façon extrêmement appréciable, Une autre expérience remarquable a eu lieu dès 1896 dans la commune mixte de la Mekerra. II y avait à pourvoir au recasement d’un certain nombre d’indigènes. On utilisa 3.000 hectares pour y tailler 400 lots de diverses contenances, et le surplus, 320 hectares environ, furent réserves pour le parcours. Le prix de location fut de trois francs par an, avec bail. Mais I’autorité locale eut en outre la pensée de constituer un véritable village. Des rues furent tracées, une conduite d’eau fut installée ainsi qu’un abreuvoir, des écoles de garçons et de filles, cette dernière avec centre de travail, furent construites ainsi que des silos en maçonnerie pour l’emmagasinage des grains de la société de prévoyance.

 

La population de Bédrabin qui comprenait en 1896, 24 familles et 196 habitants, compte maintenant 189 familles et 1.051 habitants. II y a dans le village déjà 153 maisons bâties en maçonnerie et couvertes en tuiles.

 

Cet exemple est, comme vous le voyez, singulièrement impressionnant. II y a donc à tous les points de vue des avantages considérables à entreprendre la propagande nécessaire pour amener progressivement et par persuasion à une autre conception de I’habitat.

 

De même que dans les villes, la loi oblige à la constitution des plans d’extension et d’embellissement, je voudrais qu’on pût dresser des plans d’agrandissement et d’aménagement des villages indigènes. L’application prochaine de la loi sur la propriété foncière va en fournir une nouvelle occasion.

 

Le village indigène suppose donc un regroupement de toutes les habitations isolées et autant que possible à proximité d’une voie de communication existante ou en projet.

 

Mais il faut, bien entendu , qu’autour du village, il y ait pour une population présente comme pour une population future, une quantité de terre suffisante aussi bien pour la culture que pour le parcours des animaux. Les lots pas plus que la maison ne devront jamais faire l’objet d’une vente. Je recommande surtout le bail emphytéotique de 99 ans que j’ai prescrit pour Sétif et qui donne à l’administration, qui reste propriétaire, un droit d’intervention pour assurer le bon entretien de l’habitation. En même temps l’indigène est protégé contre son imprévoyance qui pourrait l’amener à vendre plus ou moins rapidement. En réalité, par le bail de 99 ans, on arrive à constituer en pratique le bien de famille inaliénable et insaisissable, sauf pour défaut de paiement du loyer et des impôts.

 

Le village devra être pourvu de deux ou trois artisans sachant travailler le fer et le bois, réparer les machines agricoles, sachant aussi un peu de maçonnerie. Déjà de nombreux administrateurs forment de tels ouvriers. Il sera indispensable de ne jamais organiser un village sans y mettre les artisans nécessaires.

 

Le type des maisons pourra varier suivant les possibilités du pays. L’idéal serait le type de Sétif qui malheureusement reviendrait assez cher. L’essentiel, c’est que les murs puissent être à l’intérieur, être blanchis à la chaux au moins deux fois par an et le sol désinfecté autant que possible tous les mois. II y aurait intérêt à ce que l’habitation fût entourée pour pouvoir comporter des fenêtres suffisamment larges.

 

Les écoles et l’ouvroir seraient construits dès que possible.

 

Reste la question des voies et moyens. J’envisagerais très bien la réalisation d’emprunts faits par la Commune, gagés par le prix de location. Si nous envisageons par exemple un lotissement de 4.000 hectares à 5 francs seulement par hectare, cela donne une annuité de 20.000 francs qui permet de gager un emprunt amortissable en trente ans de 200.000 francs environ. Le lotissement ne devrait pas être inférieur à 10 hectares, mais avec des lots qui pourraient atteindre 25 hectares. Quant aux terres de parcours, il semble qu’une réserve du quart serait suffisante. Les fonds pourraient être prêtés par les sociétés de prévoyance.

 

II - Historique de Bel Air :

 

Les écrits d’André Prenant (1953) démontrent que "la spéculation immobilière était inaugurée dans la ville de Sétif en 1887 par la transformation des terrains de culture en lotissements, au delà de la zone des servitudes militaires (futur faubourg inférieur de la gare), ce qui accompagna le début d’une vague d’immigration dès 1881."

 

Le recensement quinquennal de 1901 donne une population agglomérée au chef lieu de 9282 habitants répartie comme suit : ville intra-muros 6650, faubourg de la gare 884, faubourg de l’industrie 347, faubourg des jardins 812 et le village nègre 867, tandis que la population éparse (rurale) représente 5859.(Rocca, 1903)

 

L’édification d’une cité de recasement destinée aux musulmans était la première expérience coloniale du genre dans la ville de Sétif. L’origine de ce projet ne peut être comprise qu’en remontant l’histoire de l’établissement humain "déplacé", où les conditions élémentaires d’hygiène n’existaient pas. La première initiative revenait à Charles Lévy qui a pris acte de la décision de la ville pour créer cette cité en marge de la communauté européenne.

 

A travers la lecture de l’extrait de la session du Conseil Municipal du 26 Janvier 1922, il ressort que :

 

"Suite à la décision du 25 Juin 1921 de déplacer définitivement le village nègre pour des raisons d’hygiène et de sécurité, proposition faite par Mr. Charles Lévy, délégué financier et président du comité de la société Coopérative des habitations à bon marché, de céder à la commune un terrain lui appartenant à l’ouest de la route de Bougie et au-dessus du champ de manœuvres, à condition que l’emplacement occupé par le village nègre soit affecté à l’édification d’une cité ouvrière d’H.B.M., situé sur un large plateau dominant la ville au nord et à une distance approximative de 1 kilomètre. Il permet l’établissement d’un plan de lotissement comportant des tracés de rues très larges avec place publique et chemins d’accès.

 

Le nouveau village, construit suivant un alignement régulier, renfermerait, outre de nombreuses maisons d’habitations, une école de Talebs et des locaux destinés aux industries indigènes telles que fabrication de tapis, Burnous, etc.

 

Il serait alimenté en eau potable non seulement par de bonnes fontaines, mais encore par une fontaine abreuvoir."

 

De 1922 à 1933, s’ouvre une phase de recasement marquée par la création d’un office "le patrimoine Sétifien" dont le but est de faire place nette au centre. Le délégué financier qui patronne cet organisme officieux Charles Lévy, grand colon privé et minotier, offre un sien terrain inculte et rocailleux, au nord de la ville. Il destine la future cité Bel Air à recaser les 876 habitants du village nègre, à raison d’une famille par pièce ; revenant à 1397 francs et contre 100 francs de loyer annuel, en échange du communal du village nègre ou entre la gare et le marché, s’édifieront les maisons familiales de la cité Lévy, revenant alors à 10000 Francs l’une, où vivent aujourd’hui 1500 habitants, surtout européens : employés, fonctionnaires, retraités. En 30 ans, 2000 nouveaux venus s’entasseront dans la cité Bel Air. (Prenant, 1953)

 


En restant longtemps isolée du reste de la ville, jusqu’en 1970, "Bel Air, cité musulmane par excellence, avec ses écoles et manufactures de tapis, ses écoles de filles et garçons musulmans"(Camborieux, 1978), est aujourd’hui un quartier de la ville de Sétif avec ses 3000 habitants (voir tableau 1). Il a était localisé loin de la ville coloniale, à un kilomètre et demi au nord, pour mieux l’isoler de la vue des européens.

 

III - La forme urbaine du quartier Bel Air :

 

Le quartier Bel Air au nord-ouest de la ville de Sétif (figure 1), occupe un site plat dans sa partie sud mais qui devient plus ou moins accidenté dans sa partie nord (figure 2). Cette topographie a donné lieu à la forme actuelle du quartier qui n’est pas entièrement rectangulaire malgré le plan orthogonal qui lui a été imposé dès sa fondation.

 

Ce plan en damier se caractérise par des rues parallèles longeant le site du sud vers le nord tout en étant traversées par des rues orthogonales d’est en ouest. La voie Est-ouest qui passe par la crête de cet établissement humain constitue la rue principale du quartier. Elle représente la ligne de passage vers la partie en pente de Bel Air. On y trouve aujourd’hui la Mosquée, l’école artisanale, l’école des filles et celle des garçons.

 

Le groupement sud est aéré et organisé autour d’une place où se trouvait la fontaine et l’abreuvoir. Dans le groupement nord se trouve un espace ouvert sur le versant ; à l’origine c’étaient deux îlots destinés à abriter d’autres habitations.

 

IV - Cadre théorique et méthodologique :

 

La stratégie de recherche préconisée combine l’analyse urbaine typo-morphologique du milieu bâti à l’étude des pratiques et des usages ainsi que les significations qui s’y rattachent. Cette approche considère le milieu urbain en tant qu’ensemble organisé et structuré d’objets et d’idées.

 

L’analyse urbaine typo-morphologique (opposée à la typologie fonctionnelle) étudie les bâtiments dans leurs contextes, avec leurs espaces environnants publics et privés. La recherche urbaine typo-morphologique date des années 50 et 60. A cette époque les architectes italiens ont étudié systématiquement les types de bâtiments dans les centres historiques des villes italiennes. Au même moment, le géographe anglais M.R.G Conzen (1968) analysa l’évolution historique des villes médiévales anglaises sous un angle différent. Il développait une étude typologique (typo-morphologique) des formes urbaines. Des recherches similaires ont été menées en France (Castex, 1977), à San Francisco (Moudon, 1986) et dans de nombreuses villes européennes (Lawrence, 1987). Ces études ont démontré que les éléments urbains (îlot urbain, réseau viaire) sont très stables pendant de longues périodes historiques.

 

La lecture morphologique devient essentielle pour saisir le mécanisme de formation de la composition urbaine. Actuellement, la définition de la notion de tracés dépasse les tracés traditionnels - le dessin des espaces libres, elle s’est étendue à tous les types possibles de tracés : parcellaires, viaires, bâti intervenant dans la composition urbaine et permettant de comprendre et d’en concevoir la forme.

 

L’approche typo-morphologique peut être développée selon les quelques axes suivants (Moudon, 1987) : 1- Comme outil de description de la structure urbaine existante : la classification sous forme de types urbains pourra offrir une base pour la description de la structure urbaine existante dans une ville spécifique, en termes de caractéristiques de typologies urbaines. 2- Comme outil d’analyse : elle permet une vision profonde de la "durabilité" des différents types urbains ; par la collecte d’informations environnementales de base. Elle permet également d’évaluer la relative attractivité des différents types urbains par la collecte de données socio-économiques. 3- Comme outil de planification et de design : permettant une compréhension approfondie des types urbains, de durabilité et de qualité, une meilleure description de l’environnement bâti existant. En revanche, ceci engendrera une meilleure pratique d’aménagement urbain.

 

La superposition des morphologies (sociales, historiques, plastiques ...) contribue à l’élaboration de la valeur urbaine. La diversité morphologique (la polymorphie) de l’espace urbain atteste de la complexité de ville. La connaissance des éléments de permanence permet de sauvegarder la morphologie des tracés qui servent d’armature à la ville, ou de retravailler le tissu en profondeur pour offrir une modernité nouvelle. Ainsi, l’espace acquiert une identité propre, des qualités spécifiques et peut évoluer en retrouvant un autre usage sans être constamment fait ou défait à travers le temps. Celui-ci, un paramètre majeur, donne un sens profond à la transformation urbaine qui doit s’inscrire dans une permanence.(DAU, 1996)

 

La lecture sensible de l’espace urbain s’ajoute à l’analyse morphologique et historique et rend compte essentiellement de la perception visuelle de l’espace urbain. Elle concerne surtout les espaces urbains extérieurs.(Lévy A., 1992)

 

V - Forme urbaine et architectural de Bel Air :

 

Aujourd’hui, il n’y a plus de vide entre le centre historique et la cité Bel Air. Au contraire, la ville a englouti ce quartier depuis longtemps. Sa position stratégique et à proximité du centre ville, lui confère un rôle important à jouer au sein de la ville, et malgré la précarité du bâti la population de Bel Air trouve sa consolation dans la relation directe avec le cœur de la ville, à 15 minutes de marche de Ain Fouara. La zone située entre le centre historique et la cité Bel Air abrite actuellement une multitude d’équipements qui rayonnent sur toute la ville.

 

L’élément construit composant le quartier du vieux Bel Air est l’îlot ; élément caractéristique et essentiel du réseau colonial. Cet îlot se présente sous des formes variées (rectangulaire et oblique). Découpé en parcelles rectangulaires, il constitue la pièce régulatrice du plan du quartier.

 

L’intérieur de l’habitation est constitué par un espace couvert de 25 m² (chambre) et un espace ouvert de 12 m² (cour). Ainsi, l’îlot à Bel Air devient une combinaison de parcelles (disposition groupée) alignées sur la rue de desserte. La parcelle dans ce quartier se présente sous deux formes : la première, plus courante, mitoyenne de trois côtés a une seule façade sur rue, la seconde est celle qui est située à l’angle avec deux façades.

 

VI -Etude des pratiques socio-spatiales :

 

L’objectif ici est de comprendre à travers l’espace, le temps et l’usage la dynamique des évolutions de la société en général et du quartier en particulier. L’exiguïté de ces habitations et leur manque de commodités modernes n’ont pas empêché les habitants d’avoir de très bonnes relation de voisinage et de développer des relations beaucoup plus intimes qu’on ne l’aurait pensé. L’espace intérieur de la maison s’est étendu à la rue qui est devenue l’espace commun des voisins : espace de repos, de convivialité, de discussion, de fêtes, etc.

 

Ce quartier a, malgré tout, gardé son caractère purement résidentiel et une apparence discrète due, en partie, à l’absence de commerce dans ses rues secondaires et de desserte. Ainsi, ce type de rue devient un espace semi-privé, le support de pratiques sociales et d’activités ménagères, une aire de jeux pour les enfants et de parking, mais surtout en espace collectif et une extension naturelle de l’habitation.

 

La population habitant Bel Air vit dans des conditions très difficiles, le TOL est de 6,8 personnes / logement de 48m² alors que la moyenne nationale est de 6,5 personnes / logement de 80m².

 

VII - Transformations urbaines :

 

Les transformations urbaines ont touché particulièrement le bâti avec des extensions verticales, mais sans toucher à l’alignement. Parfois, le trottoir devient un petit jardin. Donc, le bâti se transforme et le tracé reste intact après plus de 70 ans d’existence.

 

7.1 - Unités d’habitation :

 

L’habitation composant le quartier est constitué dans la plupart des cas de deux espaces un espace couvert : la chambre et un espace ouvert qui est la cour. "Le logement" forme ainsi un espace polyvalent (dans une seule chambre se déroulent plusieurs fonctions suivant les moments de la journée). L’absence de spécialisation de l’espace est due, dans la plupart des cas, à son insuffisance. Toutefois les transformations qu’a subie l’unité initiale ont permis de diversifier l’utilisation de l’espace domestique par l’apport de chambres supplémentaires.

 


L’ordonnancement des parcelles le long de la rue et le manque d’espace à l’intérieur de la maison vont faciliter l’appropriation de la première. Toutes les parcelles sont de la même forme (rectangulaire) et ont une surface de 48 m² dont la moitié est bâtie. Les îlots sont disposés selon le tracé orthogonal et leur forme est généralement rectangulaire, mais parfois elle est trapézoïdale au niveau de l’extrémité sud-est du lotissement. Le découpage des îlots est variable : entre 8 et 22 parcelles, et leurs dimensions et superficies varient entre 17,5m x 35,0m et 15,0m x 65,0m ; c’est à dire 512,5 m² et 975 m². Les 36 îlots sont orientés suivant deux directions nord-sud ou est-ouest.

 

Les transformations effectuées au niveau des habitations de même surface sont multiples : rajout d’un W.C., d’un espace pour cuisine, d’une chambre à l’étage, d’une cage d’escalier, etc. Ces modifications se font selon les besoins de chaque famille. Dans le cas des transformations verticales, la cour souvent disparaît parce que son espace est très limité. Ceci engendre naturellement l’appropriation du trottoir et l’espace extérieur qui devient le prolongement de l’espace d’intimité. Aussi, avec la disparition de la cour il y a perte de l’éclairage, l’aération naturelle et l’ensoleillement. Donc, les volumes ajoutés prive l’espace intérieur de respiration et empêchent le cours de l’écoulement des eaux pluviales et la neige cumulée sur l’ancienne toiture inclinée. Il est remarquable que les occupants transforment l’habitation sans toucher à la toiture initiale en pente. Ceci est dû en partie au statut juridique de ces habitations, elles sont communales.

 

7.2 - Modifications d’une habitation type :

 

L’habitation type est généralement composée d’une chambre de 25 m², d’une cour de 12 m² avec une structure en murs porteurs de 50 cm d’épaisseur. La parcelle est l’unité de base formant l’îlot c"est une parcelle type d’une surface totale de 48m² (6mx8m). Dans la composition, la cour est un espace de transition entre l’extérieur et l’intérieur. Les premières modifications ont touché la cour ou certains résidents ont ajouté une petite cuisine de 7m² ceci les a obligés a déplacé le w.c. qui dans l’angle de la parcelle et décaler la de la chambre vers le coin. Ce type de modification a été observé dans les parcelles suivantes : parcelle 2 - îlot 30, parcelle 6 - îlot 21, parcelle 14 - îlot 20.

 


Un second type de modifications : les différents besoins des familles ont entraîné une extension verticale par le rajout d’une chambre à l’étage au dessus de la cuisine, avec une cage d’escaliers. Le w.c. est parfois gardé au coin sous les escaliers. Ce qui a réduit la cour à un espace insignifiant. La grande chambre, ne s’ouvrant plus que sur la cuisine, n’a plus d’ensoleillement. Ce type de modification a été observé dans les parcelles suivantes : parcelle 14 - îlot 19, parcelle 2 - îlot 27, parcelle 13 - îlot 35.

 


Le troisième type de modifications : en R.d.c. la grande chambre a été divisée en deux petites chambres communicantes, l’une est directement accessible par la cour et sans fenêtre, l’autre en a une qui donne sur la cuisine. Rajout d’une cuisine occupant la moitié de la cour et une petite salle de bain pour ne laisser qu’un couloir de 1 m de largeur vers la chambre. A l’étage, une chambre a été ajoutée pour occuper toute la largeur de la façade en saillie sur le trottoir. Pour ce cas de chambre, une échelle est utilisée pour y accéder. Ce type de modification a été observé dans les parcelles suivantes : parcelle 1 - îlot 30, parcelle 8 - îlot 18, parcelle 11 - îlot 15, parcelle 5 - îlot 21.

 

VIII - Espaces et Equipements publics :

 

Le réseau de voirie y est hiérarchisé en axes : principal, secondaire et de desserte. Les axes principaux partent souvent de la Route Nationale RN9 et de la jonction principale à celle-ci pour joindre la cité 103 logements et les différents équipements existants dans le quartier. Les axes secondaires et dessertes locales desservent les îlots (maisons). La différence entre ces différentes voies se situe beaucoup plus au niveau du mode d’utilisation ou d’usage.

 

Les places : l’ex abreuvoir et l’espace situé à côté de la mosquée restent les seules places du quartier. La première a servi dans les années 1980 comme arrêt de bus et elle est complètement dégagée aujourd’hui. La deuxième, beaucoup plus intime et plantée, devient le support de plusieurs activités, tels que : aire de jeux pour enfants, parking, séchoir, etc.

 

Quant aux équipements, les plus importants ont été créés durant l’époque coloniale (école primaire). Ils s’organisent le long des axes principaux et de forme souvent éclatée ils présentent une valeur esthétique importante. Les équipements locaux sont répartis à travers tout le quartier et sont issus de la transformation de maisons d’habitation ; ils constituent le commerce de première nécessité.

 

Après l’indépendance, divers équipements seront construits (centre de santé, maternité, lycée) qui donneront un caractère dynamique à l’ensemble du quartier.

 

La cité Bel Air ne possède pas d’équipements de commerce, mais l’espace réservé aux activités commerciales est le résultat des transformations de certaines parcelles en locaux de commerce, principalement dans les voies les plus larges. Ces locaux, dont la majorité à vocation de commerce de première nécessité, ont la même surface que celle d’une chambre. Il est à signaler la présence de marchands ambulants occupant les angles des rues et l’espace devant la mosquée.

 

Conclusion :

 

Il est remarquable dans le quartier Bel-Air que le plan en damier et le système parcellaire de cette cité de recasement, fondée dans les années 1920, continuent à accepter les transformations urbaines successives en préservant la forme urbaine initiale, et ceci malgré la vétusté d’une partie importante du bâti qu’ils sous-tendent. Certes le bâti souvent subit des transformations, des substitutions et des redimentionnements sont opérés, les styles varient mais sans que la structuration de ce quartier n’en soit profondément modifiée.

 

Il est également intéressant de savoir à quel point les gens du vieux Bel Air s’attachent à leur quartier. Les habitudes du quartier, les relations de voisinage, les traditions de vie communautaire, les usages et les pratiques sociales, sont tous des facteurs qui déterminent cette sorte de territoire tant collectif qu’individuel.

 

Une partie importante de la population de Bel Air reste attachée à ces conditions de vie à cause de leurs ressources très limitées, au point qu’il lui est impossible de transformer ou de restaurer ses habitations touchées par la vétusté ou menaçant ruine.

 

Les nouveaux lotissements tout autour ont tendance à inciter l’ancien Bel Air à changer d’image et de configuration à moyen terme peut être.

 

Auteurs de cet article : MADANI Said, DIAFAT Abderrahmane et TACHERIFTE Abdelmalek

 

Références :

Camborieux A., (1978). "Sétif et sa région : essai de monographie historique, géographique et économique," Imprim. Gabelle, Carcassonne. Castex J., Depaule J.-C. et Panerai Ph., (1977). "Formes urbaines : de l’îlot à la barre", éd. Dunod, Paris. Conzen M.R.G., (1968). "The Use of Town Plans in the Study of Urban History", in H. J. Dioz : ’The Study of Urban History’. New York. DAU / MELTT, (1996). "La composition urbaine", Note et essai bibliographique, éd. Villes et Territoires, Paris. Devillers C., (1994). "Le projet urbain", les mini PA n°2, éd. du pavillon de l’arsenal, Paris. Lévy A. et Spigai V., (1992). "La qualité de la forme urbaine : problématique et enjeux". IFU, Paris. Moudon A. V., (1986). "Built for Change : Neighborhood Architecture in San Francisco", MIT, Cambridge, USA. Moudon A. V., (1987). "The Research Component of Typomorphological Studies", Paper for AIA/ACSA Research Conference, Boston, USA. Prenant A., (1953). "Facteurs de peuplement d’une Ville de l’ Algérie intérieure : Sétif", in les Annales de géographie de l’Algérie. Rocca E., (1903). "Historique de la ville de Sétif". Imprimerie Rocca, Sétif.


Massacres du 8 Mai 1945

La série des massacres avait débuté bien avant le 08 mai 1945 à travers la ville de Sétif et certaines régions environnantes. Des soldats armés faisaient le porte-à-porte et obligeaient hommes, femmes et enfants à sortir pour monter dans des camions.

Une panique générale et des cris des femmes et d’enfants s’intensifièrent dans certains quartiers, notamment du côté de la Gare et Bab Beskra. Quelques rafales, se faisaient entendre dans les quatre coins de la ville. Ceux qui essayaient de fuir ou de riposter se faisaient abattre sur le champ. A ce moment, une voix s’élevait tout au long de la rue de Constantine. Un jeune homme, brandissant le drapeau algérien, criait à tue-tête «Tahia El-Djazaïr, Tahia El-Djazaïr». Ce jeune moudjahid de la première heure n’était autre que le premier chahid du 08 Mai 1945: Saâl Bouzid, c’est son nom, il fut abattu de plusieurs rafales, en plein milieu de la mystique avenue. Il mourut avec tous les manifestants, en s’affaissant sur l’emblème national.

 

Saal Bouzid

 

Dès lors, des camions de type GMC continuaient à charger toute personne qui se trouvait sur leur passage. Le convoi prenait la direction de Kherrata. Les habitants de cette autre ville historique n’allaient pas échapper à l’embarquement qui les menait avec leurs autres concitoyens de Sétif, vers le camion de la mort. Les milliers d’Algériens furent déchargés depuis les bennes des camions au fond des gorges de Kherrata. L’horreur n’était pas terminée pour ces pauvres «bougnouls» comme aimaient les surnommer les colons français. Des hélicoptères dénommés «Bananes» survolaient les lieux du massacre pour achever les blessés. Une véritable boucherie humaine allait permettre, plus tard, aux oiseaux charognards d’investir les lieux.

 

L’armée française avait planifié pour faire de cette journée du 8 mai 45, un jour de génocide voire d’extermination de milliers d’Algériens. Pour mettre à exécution leur dessein les soldats français avaient procédé au regroupement de toutes les populations avoisinant les côtes-est de Béjaïa à Bordj Mira en passant par Darguina, Souk El-Tenine et Aokas. Toutes les populations de ces régions étaient forcées de se regrouper sur les plages de Melbou. L’occupant n’avait en tête que la liquidation physique de tout ce beau monde. Il fallait attendre l’ordre d’exécution qui devait parvenir du commandement de Constantine. Pendant ce temps quelques vieillards et malades ne purent résister à une telle mobilisation et succombèrent sur le sable avant d’être jetés à la mer. C’est alors qu’une jeep transportant des officiers de l’armée surgit, brusquement, au milieu de la foule. L’un d’eux s’emparant d’un haut-parleur devait ordonner l’extermination. Des cris et pleurs de femmes et d’enfants déchirèrent alors ce silence plein d’angoisse. Mais l’officier français allait, contre toute attente, «soulager» cette foule humaine qui attendait de passer par les armes. Du haut des sièges de la jeep, il lança : «le commandement militaire de Constantine a décidé de vous épargner. Pour cette fois-ci, vous pouvez donc partir».

 

La foule se déchaîna et courut dans tous les sens. Elle venait d’échapper à une extermination certaine. Le peuple algérien se souviendra longtemps de ce mardi 8 mai 1945, jour de marché. Un habitant et moudjahid qui avait échappé au génocide perpétré dans les gorges de Kherrata, en faisant le mort, se souvient parfaitement: «je ne pensais pas à la vie puisque je me savais déjà mort. Un tel génocide n’est pas fait pour être oublié. Il m’est pénible de voir que de nos jours les gens n’en parlent que rarement pour ne pas dire jamais».

Sites historiques

 

I - Sites préhistoriques

Le site de Ain Lahneche :

Site Ain Hanech

Lieu : Wilaya de Sétif, Daira d'El Eulma, commune de Guelta El Zargua.

Le gisement de Ain Lahneche fut découvert en 1947 par le professeur "Camille Arambourg", d'après les restes d'ossements d'animaux découverts, l'age de ce gisement est estimé à 1,8 millions ans (pléistocène inférieur).... 

Le site de Mezloug :

Lieu : Wilaya de Sétif, Daira de Ain Arnet, commune de Mezloug.

Site découvert en 1927 par "Paul Massiera" et "Planté" puis étudié par "R. Vaufrey", daté d'après ces ossements d'animaux et son outillage de silexde l'épipaléolithique, période très répandus dans la région des hauts palteaux; connu sous le nom de "Escargotière".

Le site de Ain Bouchérit :

Lieu : Wilaya de Sétif, Daira d'El Eulma, commune de Guelta El Zargua.

Site découvert par "C. Arambourg" en 1931, l'ensemble de ces restes englobe une faune d'animaux en particulier des ruminants et une variété d'industries en silex.

Le site de Zraia :

Commune de Beida Bordj (Localité Zraia)

Lieu : Wilaya de Sétif, commune de Beida Bordj (Localité Zraia).

Une découverte de gravures rupestres qualifiée d'exceptionnelle a été faite dans la localité de Beida Bordj dans la wilaya de Sétif en 2006 par une association d'activités de jeunes. Les gravures ont été découvertes au lieu dit Kef Ezzemane, selon le responsable de la conservation préhistorique du musée national archéologique de Sétif. La découverte a été l'oeuvre de M. Djamel Dine Khennache, président d'une association d'activités de jeunes à Beïda Bordj, est qualifiée "d'exceptionnelle" par les spécialistes venus assister à l'inauguration du mois du patrimoine à Sétif. Des représentations du buffle sauvage, caractéristique de l'étage Bubalin et correspondant au néolithique ancien, permettent de dater ces gravures de 7 000 à 8 000 ans, a indiqué la même source. Recouvrant des grands rochers, les dessins gravés et peints, illustrent également des autruches et des félidés, comparables, selon, M. Lahreche, aux gravures rupestres du Tassili N'Ajjer". Les responsables du Musée archéologique de Sétif ont indiqué qu?en vue Des dispositions à même d'assurer la protection et la conservation de ces gravures d'une valeur culturelle inestimable, vont être prises. "

II- Sites antiques

Le site de Djemila

Lieu : Wilaya de Sétif, Daira de Djemila, commune de Djemila.

La colonie de Cuicul (Djemila), sentinelle romaine au coeur d'un massif montagneux, entre SETIF et CONSTANTINE, se dresse dans un site d'une beauté sauvage et insoupçonné à une une cinquantaine de kilomètre au Nord-Est de Sétif. Batie dans les dernières années du 1er siècle de notre ère sous l'empereur Nerva, sur un éperon rocheux entre deux ravins. Le site archéologique de Djemila s'étend sur une superficie de 42 hectares environ. Il se compose de deux parties : La ville paienne et la ville chrétienne. Le visiteur une fois sur le site est spécialement attiré par : Le Batistère, les deux Basiliques, les grands Thermes, le Théatre, l'Arc de Caracalla, le Temple de Septime Sévère, le marché de Cosinus, le Forum et les luxueuse maisons de Bacchus Cresconius, l'Amphitrite et Europe.
Le musée de Djmila est d'une richesse inestimable en particulier les panneaux de mosaiques.

Le site de Mons :

Site de MONS

Lieu : Wilaya de Sétif, Daira de Djemila, commune de Beni-fouda.

Mons, lieu appelé "Henchir-El-Ksar", la plus ancienne inscription latine datée trouvée dans le site est de l'an 157 après J-C on ignore à quelle époque, Mons devient une municipalité romaine. Le site de Mons est situé sur l'ancienne itinéraire entre Sétif et Cuicul, il occupe une grande superficie.
Les restes archéologiques dans ce site se limitent au tracé de la forteresse Byzantine, ruines visible d'un temple.

Le site de Ain Soltane :

Lieu : Wilaya de Sétif, Daira de Ain Azel, commune de Ain Lahdjar.

Les site de Ain Soltane est situé à 3 Km au Nord-Ouest du village d'Ain Lahdjar. Il occupe une superficie de 120 Hectares environ.
C'est dans cette zone d'un projet de construction était prévu, mais suite aus découvertes dans plusieurs endroits, le projet fût arrêté. En effet, cette zone renferme de nombreux vestiges.
Ce site se trouve mentionné sur la carte de "P.Salama" sur une route conduisant de Thamugadi (Timgad) à Sitifis (Sétif) et dans l'Atlas archéologique d'Algérie de "S.Gsell" feuille 16 N0 340.

III - Sites médiévaux (moyennâgeux)

Le site Ikdjane :

Lieu : Wilaya de Sétif, Daira de Beni Aziz, commune de Beni Aziz.

Le côté géographe du site lui a permis d’être un centre pour l’extension de la doctrine chiite ismaïlienne des Fatimides au Maghreb. En effet, Ikdjane était une ville fortifiée du pays des Kûtas. Pour avoir pu devenir capitale des Chiites, Ikdjan devait se trouver près du centre de peuplement des Koutamas, selon El-Idrissi, elle était proche de Sétif et accessible de là, par une route rejoignant celle de Mila à Djidjelli, la ville fortifiée devait être en retrait de la route.

Dans l’atlas archéologique d’Algérie, Bougie, Sétif, Philipe ville, Constantine, Stéphane Cesele, signale des vestiges de remparts et de ruines étendues sur un mamelon surmontant le plateau de l’oued « Berdou » et d’où l’on domine toute la vallée de l’oued « Endjas » (pays des Koutamas).

Tout près de là et exactement à Souk El Khemis, les fortifications de deux constructions rectangulaires qui auraient pu compléter la défense du site, probablement «ruines romaines». D’après le nom donné par les habitants du site commande la vallée étroite de l’oued Mahdjar, peut être en souvenir de la « Hidjra » faite par le Daï et ses compagnons et de là on retrouve d’Ikdjan à Tazurt ‘dar El Hidjra).

Ikdjan fit son entrée dans l’histoire avec Abd-Allah qui regroupa là, les adeptes de la doctrine chiite. Ce toponyme berbère recouvrait-il un site ancien ? Ikdjan centre spirituel des chiites et base opérationnelle mentionnée plus tard par Al-Mukkadasi à la fin du 10e siècle parmi les grandes villes d’Ifrikya. Elle continue de former des citadelles de la ligne de défense du royaume hammadite jusqu’au 12e siècle.

Source : Direction de tourisme de Sétif



La Compagnie genevoise des colonies suisses de Sétif

 

 

 

La prise d'Alger, le 5 juillet 1830, suscita à Genève un intérêt certain dans les milieux politiques et financiers. Dans ces mêmes milieux, toutefois, la prudence reste de règle et il ne saurait être question de s'engager d'une manière hasardeuse tant que la politique de la France n'est pas clairement définie.

 

Or, de 1830 à 1834, en Algérie dirigée par ceux qui commandent en chef l'armée, Clauzel, Berthezène et Rovigo, on s'est engagé dans la voie de la colonisation avec une extrême prudence. A Paris comme à Alger, on n'a pu encore opter pour une colonisation restreinte ou totale, militaire ou civile, libre ou officielle, capitaliste ou de peuplement.

 

De 1834 à 1840, il semble qu'on opte pour une occupation restreinte. Mais ce sont les événements qui décident et qui conduisent militaires et colons à une occupation de plus en plus totale du territoire. La colonisation progresse : à l'est avec, en 1837, la prise de Constantine ; ailleurs aussi par la guerre nécessitée par la résistance d'Abd El-Kader jusqu'à sa reddition en 1847. II est à noter que Sétif a été occupé en 1839.

 

Avec l'avènement de la IIe République, en 1848, il semble que les promesses faites aux immigrants vont se réaliser : assimilation progressive des institutions de l'Algérie à celles de la France et retour au droit commun mettant fin du régime militaire. Avec l'empire, l'armée, plus solidement que jamais, s'installe au pouvoir et l'Algérie dépend du ministre de la Guerre.

 

Premiers Suisses en Algérie, premiers échecs. - Des Suisses, dès 1831, sont arrivés en Algérie avec des Allemands. Quelques mois plus tôt, ils avaient quitté leurs patries pour se rendre aux Etats-Unis. Mais, mésaventure fréquente à l'époque, la compagnie d'émigration qui devait les prendre en charge s'étant révélée défaillante, les malheureux s'étaient trouvés sur les quais du Havre, sans ressources. Les autorités françaises, les prenant en charge, les avaient dirigés vers l'Algérie, où ils avaient fondé les villages de Kouba et de Dely-Ibrahim, premiers foyers de la communauté protestante en Algérie. Vingt ans plus tard, une émigration valaisanne fonde les villages d'Ameur el Aîn et de Bourkika et deux hameaux aux environs de Koléa. Cette tentative de colonisation, qui s'inscrit aussi dans le vaste programme de 42 colonies agricoles créées par la IIe République, pour se débarrasser des " éléments subversifs ", sera des plus décevantes.

 

A Genève, on n'ignore rien de tous ces faits. Mais on reste persuadé qu'il y a à faire, beaucoup à faire. On analyse les causes de l'échec et, tenant compte aussi bien de la réputation de l'Algérie comme grenier de Rome, que des conditions climatiques dans le pays, on se souvient aussi qu'en 1840, un Jurassien, Xavier Stockmar, a soumis à la France un projet de colonisation helvétique en Algérie non moins étendue que le canton de Berne et qui comprend les trois districts de Bône (avec son port), de La Calle (avec son port) et de l'Edough. II a aussi demandé que la population autochtone soit tenue en respect, précisant

 

" Ce n'est pas avec ses Indiens errants que les fondateurs de l'Union américaine ont élevé leur puissance. Cependant, il serait moins difficile de convertir, de fixer et de civiliser des sauvages idolâtres et ignorants, que d'obtenir les mêmes résultats de barbares fanatiques par conviction et nomades par goût. " (Mémoire au Maréchal Soult, P. 108.)

 

Bien entendu, le projet n'a pas eu de suite.

 

Développement d'une ville, Sétif, et naissance d'une vaste exploitation agricole, la Compagnie genevoise. En cette moitié du XIXe siècle, Genève est l'une des places financières les plus prospères d'Europe où les banquiers accaparent les marchés du monde entier. Les capitaux abondent et la main-d'œuvre ne manque pas en Suisse. C'est, en grande partie, aux capitaux suisses que les Etats-Unis ont dû d'être " colonisés ".

 

Le 15 février 1852, deux banquiers genevois, Paul-Elisée Lullin et François-Auguste Sautter de Beauregard, écrivent au maréchal de Saint - Arnaud, ministre de la Guerre

 

"On se préoccupe généralement ici de la convenance qu'il y aurait à trouver par l'émigration des moyens d'existence à une partie de la jeune et active population suisse. Le trop-plein de cette population ne peut actuellement, en restant chez elle, arriver à une position aisée ; elle se trouve ainsi forcément placée dans un état de malaise et de souffrance par lequel, dans un moment donné, elle pourrait être entraînée à dépenser, en manifestations politiques, une force et une énergie qu'elle ne sait où employer utilement.

 

Plusieurs personnes honorables de ce pays s'en sont entretenues avec nous et après avoir étudié cette question, nous sommes tombés d'accord qu'une émigration aussi considérable que celle dont on sent le besoin peut être individuelle et isolée ; que pour réussir elle devrait obtenir une concession étendue de terres fertiles et salubres sur lesquelles on put grouper les colons, qui, réunis ainsi à leurs compatriotes, éviteraient plus facilement le découragement et le mal du pays.

 

Nous avons pensé, Monsieur le Ministre, que le gouvernement français serait peut-être disposé à une colonisation de ce genre en Algérie et, en conséquence, nous prenons la liberté de vous faire cette ouverture, en vous priant de vouloir bien nous faire connaître si vous trouveriez en effet convenance à consacrer un vaste territoire salubre fertile et non exposé aux attaques des Arabes, à une colonisation de ce genre à la tête de laquelle nous sommes disposés placer en Suisse, et qui nous paraît être une oeuvre essentiellement utile. "

 

Pour finir, les deux banquiers demandent une concession de 500.000 hectares (17 fois la surface du canton de Genève) ainsi que " la propriété absolue, unique et exclusive des forêts, mines, cours d'eau et généralement de tout le sol de la concession. "

 


Lorsque les Français s'installèrent sur le site de l'ancienne Sétifis, l'antique cité avait disparu, il n'en subsistait que des ruines, comme en témoigne cette gravure, datant de 1839, représentant l'emplacement où fut construite la première église catholique, appelée à être transférée plus tard au culte protestant

 

Un tel projet, plus ambitieux encore que celui de Xavier Stockmar en 1840, ne pouvant être accepté, les banquiers, tout en poursuivant leurs démarches, font procéder à des recherches, des enquêtes et fixent leur choix sur Sétif et sa région.

 

Par des documents officiels et des ouvrages publiés sous les auspices du ministère de la Guerre, elle sait que :

 

 

 

- Sétif est l'ancienne Sitiphis (sic), qui devint la capitale de la Mauritanie sitifienne. C'est aujourd'hui le chef-lieu d'une des quatre subdivisions militaires de la province de Constantine.

- Sétif est dans la zone de l'Algérie connue sous le nom de Tell. Cette situation géographique, jointe à l'admirable salubrité de son climat, explique le rang que cette localité a occupé sous la domination romaine et qu'elle paraît destinée à ressaisir... elle a toujours un grand renom pour son agriculture.

- La population urbaine de Sétif au 31 décembre 1849 était de 646 Européens dont 19 Suisses ; la population indigène de 436 individus. Total : 1 082. Quant à la population agricole répandue autour de la ville, elle était, à la même date, de 727 individus dont 478 hommes 171 femmes et 78 enfants. Enfin, dans l'année 1849, il est venu 120 000 Arabes au marché de Sétif qui a lieu tous les dimanches.

- De 1841 à 1849, on a construit à Sétif un fort, contenant un pavillon pour officiers avec accessoires, des casernes pour 2 200 hommes et des écuries pour 300 chevaux ; un hôpital pour 830 malades ; une manutention des vivres avec 4 fours, un abattoir, un magasin à poudre et un parc aux fourrages.

- On a construit en outre dans la ville, de 1845 à 1849, des conduites d'eau ou aqueducs d'une longueur de 2 760 mètres et 380 mètres d'égouts ; 7 fontaines ou bornes-fontaines, 2 lavoirs, 2 abreuvoirs et 1 fondouk ou bazar. II a été empierré 700 mètres de grande voirie et 300 de petite voirie. Enfin, il a été construit une église (1), une mosquée, un bureau arabe (2) où se trouvent une bibliothèque et un hôtel du Trésor et des Postes.

- Une pépinière de 9 hectares a été établie près de la ville.

- II y a 4 tuileries et briqueteries et 4 moulins à farine construits sur le ruisseau du Bou Sellam.

- Autour de Sétif 4 villages sont en voie de formation : Lanasser, Kalfoun, Mezloug et Fermatou.

- Enfin, par décret impérial du 26 avril 1853, il est accordé une concession de 20 000 hectares aux conditions suivantes :

 

" Art 2. - 10 000 hectares sont dès à présent réservés aux concessionnaires sur les 22 000 environ :
Ne sont pas compris dans ces 10000 hectares
- les réserves militaires ;
- les terrains concédés à la Ville de Sétif ;
- les villages arabes de Aïn Lochechia, et d'Oued Tinar avec leur territoire ;
- les 10000 hectares complémentaires seront désignés ultérieurement, autant que possible attenants aux premiers.

" Art. 3. - La superficie des terrains sera partagée en sections de 2 000 hectares d'un seul tenant dont les concessionnaires seront successivement mis en possession. Chacune de ces zones est destinée à la création d'un village de 50 feux, composé de cultivateurs européens.

" Art. 4. - Les concessionnaires construiront à leurs frais dans chaque village 50 maisons en maçonnerie, couvertes de tuiles ou en voûte maçonnée en terrasse. Chaque maison devra être composée d'au moins 3 pièces propres à un logement d'agriculteur et de sa famille.

Art. 5. - Les concessionnaires ne pourront point bénéficier sur la construction des villages ; ils traiteront à forfait avec un ou plusieurs entrepreneurs pour chaque groupe de 50 maisons ; puis ils remettront à chaque famille une de ces maisons à un prix équivalent à la cinquantième partie du coût de la construction du village. Toutefois, il ne pourra être exigé du colon, pour prix de cette maison, une somme supérieure à 2 500 F.

Art. 6. - Le gouvernement se charge de tous les travaux d'utilité publique, notamment de la construction dans chaque village des fontaines qui seront nécessaires aux habitants et à leurs bestiaux, de l'aménagement des eaux pluviales et des eaux insalubres avoisinant le village, de l'ouverture et de l'entretien des principales voies de communication ; enfin des ouvrages qu'il jugera nécessaires à la défense des villages. "
…………….

 

Les huit bénéficiaires de cette concession sont désignés avec leurs titres et fonctions. Ils seront remplacés en septembre 1853 par une société anonyme : " La Compagnie genevoise des colonies suisses de Sétif ", avec, comme actionnaires principaux et privilégiés lesdits bénéficiaires.

 

 

Premières réalisations de la Compagnie genevoise. - Le premier village construit est Aïn Arnat, à 9 km de Sétif sur la route de Bordj Bou Arréridj, dans le voisinage de ruines romaines assez importantes qui semblaient recommander cet emplacement à l'attention des colonisateurs. Les maisons ont été bâties en moins de six mois alors que le décret accordait un délai de deux ans. Le lotissement des parcelles est loin d'être achevé. En effet, le lot de chaque colon prévoit 20 hectares de terres répartis en 20 ares de jardins, 1 hectare 80 ares en prairies naturelles, 6 hectares de champs de première qualité et 12 hectares de champs de deuxième qualité. Le 31 octobre 1853, les 86 premiers immigrants accompagnés d'un inspecteur de la compagnie, M. Gossen, arrivent à Aïn Arnat. Ils ont quitté Genève les 17 et 18 octobre. Ils sont tous vaudois.

 

La compagnie comprend dans ce nombre neuf employés destinés à son domaine d'El Bez dont 679 hectares ont été choisis par elle aux portes même de Sétif, sur l'emplacement où l'administration militaire avait prévu d'élever un haras. Les arrivées se succéderont alors les 8 novembre, 23 novembre 1853, 7 janvier, 29 janvier, 14 février puis cinq autres jusqu'au 28 mars 1854. Le 13 juin 1854, la compagnie déclarera

 

 

 

- Aïn Arnat : 388 âmes;
- Bouhira (3) : 6 âmes;
- ouvriers: 187 âmes.

 

La compagnie a en effet entrepris la construction de quatre autres villages: Bouhira, Aïn Messaoud, Mahouan et El Ouricia.

 

A ce point il est intéressant de savoir quelles conditions la compagnie avait mise pour devenir colon. Elle a le choix des colons et le droit de refuser ceux sur lesquels elle n'aurait pas eu de renseignements suffisants ou de mauvais renseignements. Le postulant colon doit verser 1 000 F comme acompte avec possibilité de se libérer des 1 500 F restant par paiements annuels de 100 F avec intérêts de 5 % l'an. D'autre part, le décret prévoit que ne peuvent être acceptés que des individus majeurs pouvant verser à Genève, avant leur départ, 2 000 F qui leur seront restitués par le gouvernement français entre les mains duquel ils auront été déposés, à raison de : 1 .000 F à leur arrivée à Sétif, 500 F six mois après et 500 F à la fin de la première année.

 

La compagnie, profitant du fait que le décret ne prévoit pas que les acquéreurs doivent occuper leurs maisons dans l'un des villages, tourne la difficulté en prévoyant que l'acquéreur peut envoyer un représentant, un métayer ou un fermier. Bien plus elle prévoit qu'une commune peut acquérir un lot dans l'un des villages de Sétif. Cette mesure, dit-elle, présente un très grand avantage pour les communes en leur permettant de procurer ainsi une existence aisée aux familles pauvres, mais laborieuses, dont elles sont chargées, tout en faisant en réalité un sacrifice bien moins considérable que celui qui est représenté par des secours annuels. Ainsi donc, pour ces communes (suisses, bien entendu) l'affaire est plus que rentable : elles se séparent de ceux auxquels elles versent des secours, et font une opération lucrative en diminuant leurs dépenses et en accroissant leurs ressources.

 

Ainsi, pour Aïn Amat, sur les 50 lots, 11 sont à un seul propriétaire, 6 sont à un autre et 7 sont colons avec hypothèques au bénéfice de tiers. Dans certains lots on verra, dans des maisons de 3 pièces, s'entasser 11, 15, 17, et même 19 personnes.

 

Au train où ont été les travaux de construction d'Aïn Arnat, l'Administration n'a pu suivre et la voirie n'est pas achevée ; l'école, le presbytère ne sont pas construits. Les plans du temple protestant ne sont pas arrêtés (4).

 

L'odyssée des premiers colons d'Aïn Arnat. - Henry Dunant, le futur fondateur de la Croix Rouge, membre de l'aristocratie genevoise et qui était en apprentissage de banque chez les financiers Lullin et Sautter, part pour l'Algérie le 1er septembre 1853 et rentre à Genève le 28 octobre 1853, avant donc l'arrivée du premier convoi.

 

Il écrit un article dans le Journal de Genève du 3 novembre 1853 où il dépeint à ses lecteurs un pays prospère, sain, fertile, où règne la sécurité, avec une main-d'œuvre arabe bon marché et les autorités françaises attentives au bien-être des colons. II écrit un nouvel article dans le Journal de Genève du 22 janvier 1854 où il reprend les termes d'une lettre que vient de lui adresser " un jeune commerçant wurtembergeois, M. Henry Nick, établi à Sétif " et dont il a fait la connaissance dans cette ville. Tout est idyllique à Aïn Arnat, tant dans les activités que dans l'existence des premiers colons.

 

Ceux-ci, pour s'en tenir au premier voyage, sont partis de Genève les 17 et 18 octobre 1853. Avant leur départ, ils ont demandé la célébration d'un culte et c'est le pasteur Barde qui a officié. Certains sont déjà partis à pied pour Lyon. Le convoi s'ébranle en diligences et chariots. A Lyon c'est l'embarquement sur le Rhône que l'on descend jusqu'à Avignon et l'on reprend, jusqu'à Marseille, des chariots et des diligences. A Marseille, certains vont loger à l'auberge Benet, d'autres vont à l'hôtel, d'autres dormant à la belle étoile. Chacun agit selon ses moyens, car le voyage n'est gratuit que pour la traversée de la mer, l'Etat français le prenant à sa charge. Le dimanche 23 octobre on quitte Marseille. Dès la sortie du port la mer est fort agitée et elle va en se gonflant. Les domestiques sont dans les cales et les autres passagers sont répartis dans des cabines, hommes d'un côté, femmes et enfants de l'autre. Beaucoup sont malades, il faut s'en occuper, les laver, les aider. Le bateau se dirige vers la Corse pour y trouver refuge en cas de besoin tant la tempête fait rage. Mais, la mer se calmant, on se dirige de nouveau vers l'Afrique.

 

Le mardi 25 octobre, par un beau temps, clair, lumineux on voit les côtes se profiler à l'horizon et l'on débarque à Stora, près de Philippeville. Le débarquement se fait au milieu d'un grand mouvement. On est accueilli par les autorités, par le pasteur de Philippeville, M. Curie et par le directeur de la compagnie à Sétif, M. le baron Aymon de Gingins La Sarraz. Tant bien que mal on essaie de retrouver et de regrouper ses affaires, ses caisses, les enfants, les hardes ; mais l'armée garantit que le nécessaire sera fait pour tout récupérer. On va à l'" Asile " où il n'y a que 30 lits et où des paillasses doivent être installées.

 

Le mercredi 26, au matin, le convoi s'organise : ce sont des chariots bâchés de l'armée, tirés par des mulets. On s'y installe avec des paillasses " couvertes " et quelques bagages. Les gros colis, paquets, malles et autres sont arrangés sur des prolonges d'artillerie. Leur transport sera sans doute plus long. Des soldats sont là pour guider les attelages et aussi pour aider. II y a enfin une escorte. On passe la nuit à El Arrouch, au poste militaire où des soupes chaudes sont servies avec du gros pain, de la bière et de l'eau.

 

Le 27 octobre, une nouvelle étape conduit à Constantine. Le campement y est plus important. Et le lendemain on est impressionné par l'importance des gorges et leur profondeur, car les casernes n'en sont pas loin. Les uns couchent sous des tentes, d'autres dans une salle de la caserne, d'autres enfin préfèrent rester dans les chariots pour mieux veiller à leurs affaires ou à celles de leurs maîtres. On a déjà senti la différence de température avec celle du littoral mais il paraît que là où l'on va ce sera encore plus haut : près de 1 100 mètres d'altitude !

 

Le vendredi 28, on part vers Mila. Le voyage est pénible ; il est même souvent impressionnant car on est dans un relief accidenté avec des sentes qui longent des ravins ; en certains endroits les forêts sont profondes, sombres, mystérieuses. C'est parfois angoissant lorsqu'on entend le rugissement d'un lion, des " rires " de hyènes, des hurlements de chacals et autres animaux. Le froid se fait vif à certaines hauteurs, le vent est parfois violent et on s'abrite comme on peut sous les bâches que des ondées traversent malgré tout. On repart de Mila le samedi 29 pour Djemila. On y voit quelques ruines romaines, surtout celles d'un grand arc qui avait paraît-il, été fort remarqué par le duc d'Orléans. Après une nuit à Djemila, on passe devant le petit cimetière où sont enterrés des militaires français qui ont été tués dans la nuit du 15 au 16 décembre 1838. Ils faisaient partie du 3e Chasseurs d'Afrique. (Tout cela ce sont nos militaires qui nous le racontent.) Nous partons donc pour Sétif. On aperçoit des masses imposantes de montagnes : les Babor !

 

On arrive à Sétif le dimanche soir, en entrant dans la citadelle par la porte de Djemila (5).

 

Le 31 octobre 1853, le grand jour est arrivé. On quitte Sétif en sortant de la citadelle par la porte Napoléon. On longe quelques maisons dont l'hôtel du Trésor et de la Poste, puis on tourne à droite. On passe devant une placette que borde l'église et l'on débouche sur une grande place où il y a une grande fontaine qui semble donner beaucoup d'eau. Sur la droite il y a un bâtiment à arcades qui est le bureau des Affaires indigènes. Sur la gauche s'élève une belle mosquée que le Génie a construite il y a seulement dix ans... Ils nous en donnent des informations nos braves militaires ! On franchit les remparts par la porte d'Alger, à double voûte. La " route " est bordée d'arbres plantés récemment et, sur la droite il y a les " allées d'Orléans ". II y a encore de nombreuses ruines romaines bien qu'on en ait, paraît-il, beaucoup utilisé pour construire la ville, la citadelle, les remparts. Après, la végétation est peu abondante. Les arbres sont bien maigrichons. On longe pourtant quelques jardins cultivés. Ce qui frappe c'est qu'il n'y a pratiquement pas d'arbres, rien vraiment pour arrêter la vue. On descend vers un cours d'eau, l'Oued Bou Sellam, que l'on franchit sur une passerelle construite par le Génie. La route remonte alors et peu après aboutit à une ferme avec un bâtiment et des hangars, c'est El Bez, la ferme de la compagnie, où s'arrêtent les ouvriers. On se dit au revoir et le convoi reprend son chemin, continuant à grimper la côte qui est assez raide et tortueuse, jusqu'à une hauteur d'où l'on peut voir le panorama de la grande plaine qui s'étend au loin. Au nord il y a les montagnes du Mégris et de I'Anini, au sud, la plaine est barrée par le Bou Thaleb et d'autres chaînes du Hodna. Face au convoi, à l'ouest, on distingue les monts de Medjana.Les nuages ont fui. Le ciel est bleu, intensément, avec un soleil radieux qui ne réchauffe pourtant pas l'air bien frais mais si pur. Enfin, après un trajet que l'attente rend plus long, tout droit à travers la plaine, c'est " le village " !

 

L 'Installation des colons à Aïn Arnat. - Les maisons sont basses, petites, rangées le long de sentiers cahoteux, inégaux, boueux par endroits ; la délimitation des " jardins " est , pour certaines, faite de barrières en bois, qui, sans doute, ne dureront pas bien longtemps ; des maisons sont encore inachevées : l'aspect de chantier est partout. Un poteau près de l'entrée porte un carton avec un numéro qui permet de trouver son lot. II va donc falloir savoir où l'on est. Comme on est arrivé par l'est, on se dirige vers une grande place où une fontaine orientée vers le nord, coule doucement. Une autre au sud est plus abondante. Les fourgons se rangent. Le directeur est là pour aider à trouver des lots. On est bien secondé par les militaires qu'on a appris à bien connaître et auxquels on s'est attaché depuis le début du voyage. Ils déchargent, ils transportent aussi. Mais les bagages qui sont sur les prolonges n'arriveront que plus tard. On entre dans les maisons par une porte qui ouvre sur une pièce où est une grande cheminée. De chaque côté, une porte communique avec une pièce éclairée sur le devant par une fenêtre et sur l'arrière par un vasistas. Au fond de la pièce centrale, une porte donne sur un grand terrain où l'on voit, au fond, quelques planches montées à la hâte pour clôturer le " lieu d'aisances ". Du bois a été rangé près de la maison : on pourra ainsi se réchauffer et chasser cette humidité qui prend à la gorge et qui transperce. Le toit est apparent, il n'y a pas de plafond et il est curieux qu'aucune fenêtre n'ait été prévue dans la pièce centrale. La superficie totale est de 60 mètres carrés ! Pour ce soir, il faut s'occuper, avec les militaires installés au village, pour obtenir des paillasses et de la nourriture. On se renseigne aussi pour savoir où il y aura des ouvriers pour fabriquer le mobilier de première nécessité.

 

Les convois qui arriveront ensuite seront mieux lotis, sans doute, car il y aura des compatriotes pour les accueillir, qui auront déjà résolu bien des problèmes. Mais pour tous il faudra force, courage et volonté. Malgré la fatigue, on se réunit sur cette grande place, sous la voûte du ciel qui sera le nôtre désormais, pour prier Dieu et Le remercier de nous avoir protégés tout au long de ce voyage.

 

Les contacts avec les Arabes se font bien vite. Ils commencent par les enfants qui arrivent d'une mechta installée plus au nord, de l'autre côté de la route. Le difficile est de se comprendre. Mais avec force gestes on y parvient quand même. C'est ainsi qu'on apprend qu'ils appellent tous ceux qui ne sont pas de leur race des "Roumis " - les Romains ont-ils donc ainsi marqué ce pays pour qu'on y fasse encore référence ? - Mais nous, les colons, on nous appelle des " Souissi " (c'est ainsi du reste que seront toujours appelés les protestants).

 

Pour Noël on se réunit. II n'y a pas encore de pasteur et c'est M. Ducraux, le régent (instituteur) qui lit un passage de la Bible, celui de la Nativité bien sûr, puis la liturgie et un commentaire. Cette organisation avait été prévue lors du passage du pasteur Curie, le 18 décembre. Ce sera sans doute lui, d'ailleurs, qui va devenir le premier pasteur de notre communauté. Mais Noël étant un dimanche, on a dû aller au marché arabe à Sétif et ne faire le service religieux que l'après-midi dans la salle d'une maison encore inoccupée, car il n'y a pas de temple. Quel froid !

 

Pour l'école, il a fallu faire de même. II y a deux classes et le régent prend l'une le matin et l'autre l'après-midi. II a bien fallu que la compagnie fasse faire quelques bancs et quelques tables. Quant au chauffage, heureusement qu'un brave soldat a procuré un petit poêle pour ne pas laisser les enfants se geler. La compagnie a fait des difficultés, paraît-il, car elle dit que ce matériel est à la charge de l'Etat et non à la sienne. Néanmoins, les choses semblent bien aller. Tout s'organise. La compagnie a demandé qu'un maire soit désigné pour s'occuper des choses qui intéressent l'ensemble des colons. Le choix s'est porté sur Henry-Frédérik Viande, qui a déjà exercé ces fonctions en Suisse, à Bussy.

 

Les colons décimés par la maladie. - La situation est ainsi favorable pour donner en Suisse une publicité et Henry Dunant organise une tournée de propagande et de recrutement dans le canton de Vaud. Du 28 mars au 11 avril 1854 il parcourt les divers districts du canton pour y recruter les futurs agents d'émigration de la compagnie. II doit agir avec doigté car les autorités cantonales veulent freiner le courant d'émigration alors que certaines communes veulent se débarrasser des familles pauvres. II trouve ainsi des agents à Nyon, Morges, Lausanne, Moudon, Lavaux, Payerne, Avenches D'Orbe, Yverdon et même hors du canton à Neuchâtel et Morat. II décide de retourner à Sétif et la compagnie lui confie la tenue provisoire de la comptabilité et certaines missions. La compagnie lui obtient le passage gratuit et il arrive à Sétif à la fin de mai 1854. II y restera plus de trois mois, jusqu'à mi-septembre. Son séjour est probablement écourté par la terrible épidémie de choléra et de typhoïde qui frappe la colonie suisse. Depuis le samedi 20 mai, il y a une succession d'orages et de pluies torrentielles qui gênent les transports, qui abîment les constructions, qui bloquent tous les travaux des champs. Même les entrepreneurs demandent de repousser les délais dans leurs chantiers d'Ain Messaoud et de Bouhira. Le génie a dû arrêter ses travaux.

 

Pendant son séjour Henry Dunant a reçu mission d'aller faire enregistrer au bureau de Constantine les hypothèques sur Aïn Arnat.

 

A partir de juillet la maladie commence à faire ses ravages. Chaque jour il y a des morts. On a commencé à transporter les malades à l'hôpital de Sétif. Mais bien vite cela s'avère difficile et une antenne médicale est installée au village. La chaleur s'est mise de la partie, éprouvante, dure à supporter dans ces vêtements mal adaptés à un tel climat. Un soleil de plomb, un vent brûlant venu du désert. On est en sueur et il suffit de se mettre à l'ombre d'un mur pour attraper un chaud et froid. Certains se laissent aller à étancher leur soif en buvant du vin ou de la bière ; d'autres ne prennent même plus la peine de se laver et restent dans une saleté repoussante. On distribue des conseils d'hygiène qui ont été publiés par le ministère de la Guerre. II paraît que les Arabes tombent comme des mouches. La maladie continue à faire des ravages. Malgré cela on célébrera la fête du 15 août à Sétif, salves d'artillerie, revue des troupes sur le champ de manœuvre, défilé devant le général et son état-major aux cris de " Vive l'Empereur ! ". Le soir il y aura un bal champêtre dans la promenade du duc d'Orléans. Au village, la petite garnison a défilé, mais il n'y a pas eu de bal car il y a trop de deuils. Certaines familles sont pratiquement décimées : 7 morts sur 11 chez les Sergy, 4 sur 7 chez les Delessert, 8 sur 14 chez les Favre, 10 sur 11 chez les Burnens...

 

Beaucoup se découragent, certains décident de rentrer en Suisse, d'autres se placent comme domestiques dans des fermes de la région, des enfants sont placés comme gardiens de troupeaux, d'autres sont envoyés à l'orphelinat de Dély Ibrahim car ils n'ont plus de parents ; des épouses vont travailler à Sétif comme couturières ou femmes de ménage. C'est une catastrophe.

 

Pour se justifier, la compagnie fait des rapports accablants sur les malheureux colons faisant tomber sur eux la responsabilité du fléau dont ils sont victimes. Elle omet de rapporter que la mort frappe partout et qu'à El Ouricia, par exemple, tous les travaux sont arrêtés car les ouvriers kabyles, frappés de terreur, ont fui et sont repartis vers leurs montagnes.

 

Henry Dunant a vanté les vertus d'un remède du pasteur Curie qui est venu se dévouer à A'in Arnat avant même le début de l'épidémie

 

 

 

" Un litre de cognac très spiritueux, du camphre gros comme un œuf, deux fortes pincées de bourrache (avec fleurs), une forte pincée d'aigremoine une pincée de sauge et de camomille. Mêler ensemble, boucher, laisser infuser pendant quarante-huit heures à froid, passer au tamis, mettre dans une bouteille bien bouchée. On fait boire plein un verre de cabaret, une seule dose doit arrêter les nausées et remettre le malade à flot. "

 

Son succès a été tel que les autorités en ont ordonné l'instruction dans l'hôpital de la ville. Mais la mort avait fauché plus de 90 personnes ! (6)

 

Changement de politique, les colons savoisiens. - Devant la situation que ces tragiques circonstances imposaient, la compagnie reprit les lots abandonnés ou défaillants et créa un omnium, composé des principaux actionnaires, qui pouvait ainsi acquérir les différents lots non vendus. II suffisait de trouver des prête-noms auxquels, par précaution, on faisait signer une contre-lettre. C'est ainsi que pour Aïn Messaoud les 50 lots appartenaient à deux colons !

 

Henry Dunant repart pour l'Algérie le 1er mars 1855 en compagnie de son frère Daniel. Quelques amis genevois lui remettent alors la gestion d'un certain nombre de lots qu'ils possèdent (les Demole, Necker et d'Hauteville). La famille de Gingins La Sarraz a, elle aussi, acquis des lots : en 1854 elle en possédait déjà 10 sur 50 à Bouhira.

 

La mission de Dunant n'est pas simple car les autorités militaires viennent de découvrir que pour 1854 certains lots ont été affermés de 600 à 700 F, ce qui ôte aux fermiers toutes chances de réussir. Les propriétaires doivent alors reconnaître qu'ils ont exagéré et exonèrent leurs fermiers pour l'année écoulée. Par la suite les prix de location sont " ramenés " entre 280 et 300 F, ce qui reste encore très excessif.

 

Henry Dunant trouve ainsi une colonie en pleine crise. Sa première impression est déplorable. En quelques mois les Suisses se sont aliénés les indigènes avec lesquels ils sont en conflit pour la délimitation des zones de pâturage. Mais qui a mal délimité ces zones ?

 


Le temple protestant d'Aïn Arnat
(Dessin de R.Fery, d'après une photographie.)

 

Comme il l'écrit au comte Sautter de Beauregard, l'état moral de la population d'Aïn Arnat lui paraît ce qu'il y a de pire à Sétif : des gens découragés, parfois affamés, des familles décimées, un régent ivrogne (ce n'est plus M. Ducraux, qui est parti) que le pasteur doit chasser, un début de prostitution favorisée par la misère et la garnison toute proche, tout cela donne une image d'un village à la dérive.

 

Très attachée à établir à Sétif une colonisation suisse et protestante, la compagnie est bien obligée de se rendre à l'évidence : le recrutement ne donne plus de résultat en Suisse, où une campagne de presse se déchaîne contre elle. Elle décide alors :

 

1. De ne plus apparaître comme une compagnie de seuls capitaux suisses et elle fait entrer au conseil d'administration deux banquiers lyonnais avec lesquels ses intérêts sont déjà très liés (Crédit Lyonnais, Chemins de Fer, etc.).

 

2. De faire procéder à un recrutement intensif chez les Savoisiens (la Savoie n'appartient pas, alors à la France) et en Bourgogne. Le recrutement donnant de bons résultats, on pense d'abord installer ces nouveaux colons à El Ouricia, mais à leur arrivée on les dirige vers Mahouan. Dans ce village au peuplement catholique, un premier convoi arrive en octobre 1855 (embarquement à Marseille le 8 octobre). Ce sont ainsi 112 Savoisiens et quelques Français de la Côte-d'Or qui s'installent dans ce village. Un prêtre arrive : l'abbé Gatheron. L'église n'est pas encore construite et, chaque soir, les prières sont dites dans la salle d'une maison. Trois religieuses de la doctrine chrétienne viennent également s'occuper des familles, animent un centre de soins.

 

La compagnie étend les surfaces qu'elle occupe par les nouvelles concessions qui lui sont attribuées au fur et à mesure de la construction des villages. Même lorsque ceux-ci ne sont pas achevés - et c'est pourquoi elle les entame tous - elle adresse des demandes insistantes au ministre de la Guerre, au prince Napoléon (cousin de l'Empereur, président du Conseil supérieur de l'Algérie et des Colonies) au gouverneur général... Les villages ainsi entamés sont Somerah, Aïn Trick, Aïn Mahla, El Hassi et Aïn Mouss. Elle veut faire valoir les efforts considérables qu'elle consent. et la nécessité de recevoir ses terres pour se procurer des ressources indispensables. Et pourtant, on voit bien que nombre de lots sont, en fait, remis par la compagnie à des Arabes, en location. Ceux-là même qui les cultivaient, à leur manière bien sûr, devront acquitter leur location à la compagnie à un prix bien supérieur. L'Etat s'est ainsi privé de ressources que la compagnie, qui a pris ses lieu et place, en retire plus avantageusement. Dans ses demandes elle plaide désormais pour la grande propriété

 

" La compagnie rendrait un véritable service à l' Algérie si elle créait sur les 80 000 hectares qui nous sont promis de vastes fermes, y élevait des constructions importantes et ne constituant pas de petits propriétaires trop prompts à se décourager et d'ailleurs trop rares, Offrait sur ses terres un salaire assuré aux Européens qui ayant le désir d'émigrer, ne posséderaient pas les 3 000 F indispensables. " (Lettre de M.Sautter de Beauregard à S.E. le maréchal comte Vaillant, ministre de la Guerre - le 9 décembre 1854.)

 

Où en est donc l'engagement initial et essentiel de peuplement ? Oublie-t-elle que les 80 000 hectares dont elle parle n'auraient pu lui être concédés que si, à la fin de 1854, cinq villages avaient été entièrement construits et peuplés ?

 

Des différends opposent la Compagnie genevoise et le gouvernement français. - En août 1855, la compagnie émet une demande plus modeste de 8 000 hectares pour y appliquer le système des " grandes fermes " : ... Refus.

 

En 1856, demande de 46 000 hectares à charge d'organiser un service de caravanes entre Constantine et le Soudan : ... même échec.

 

En 1857, elle revient à la proposition du système de 1853. Elle propose, en plus de construire et peupler dix villages de quarante feux entre Sétif et Constantine et demande en rétribution 14275 hectares, soit près de 1 500 hectares par village au lieu des 800 de la concession de 1853

 

... Nouveau refus.

 

Elle revient à la charge et menace de se retirer. De guerre lasse, le maréchal Randon propose, en restant dans les limites de la concession d'origine, d'accorder des facilités à la compagnie pour rétablir l'équilibre entre ses dépenses et ses recettes.

 

A Paris, au conseil présidé par le prince Napoléon, un rapport est fait pour démontrer à quel point les comptes de la compagnie sont faussés. Elle a, en effet, dans ses statuts, prévu d'attribuer

 

 

 

- des actions financières (6000 de 500 F) dites de capital ;

- des actions de jouissance en même nombre que les précédentes ;

- des actions de jouissance de même nombre, mais seulement attribuées aux concessionnaires d'origine.

 

Comme il est prévu que les actions financières qui rapportent un intérêt de 5 % l'an seront remboursées par tirage au sort chaque année à 625 F, il reste évident que les huit concessionnaires initiaux entendent se réserver la majorité absolue pour la marche de la compagnie.

 

Ainsi donc les actionnaires fondateurs dont le capital aurait été ainsi intégralement remboursé resteraient toujours actionnaires et percevraient des dividendes sur une mise de fonds qui n'existerait plus ! Ainsi, la compagnie se prive délibérément de fonds propres indispensables à la marche de l'entreprise et aux investissements.

 

Pourtant, le 24 avril 1858, l'Empereur prend une décision par laquelle la compagnie est dispensée

 

 

 

- de construire le dernier et dixième village ; - d'achever le peuplement des neuf villages qu'elle avait bâtis.

 

Elle avait édifié 450 maisons en mortier de terre (au lieu de 500 en maçonnerie). Elle y avait installé 130 familles (au lieu de 500). On lui accordait 12 340 hectares en la dispensant d'exécuter ses engagements (au lieu de 8 000 qui lui étaient promis à condition de les remplir).

 

Voici la compagnie libre vis-à-vis de l'Etat. Elle ne désespère pas et demande encore 7 000 hectares à acheter à 20 F l'hectare (soit dix fois moins que la valeur réelle) des deux azels de Guellal et du Hammam, formés en grande partie de prairies et de terres de premier choix.

 

Le gouverneur général, dans son rapport au prince Napoléon du 19 décembre 1858, déclare : " La Compagnie genevoise n'a ni bien bâti, ni bien peuplé, ni bien cultivé. On l'a traitée comme si elle avait fait tout cela de la manière la plus remarquable. On ne pourrait pousser la libéralité plus loin sans froisser à la fois les principes d'une bonne justice et les véritables intérêts du pays. "

 

La compagnie se console et décide de renoncer peu à peu aux cultures européennes, à faire cultiver par des métayers indigènes toutes les terres pour lesquelles elle pourra trouver des Arabes. Agissant ainsi elle estime suivre l'exemple des Anglais dans leurs colonies.

 

Tels furent les résultats de cette grande entreprise, la plus importante qui eût été conduite jusque-là et qui, de ce fait, a bénéficié d'une mansuétude particulière. Sa ruine, en effet, ou son échec auraient pu décourager les autres entreprises et les investissements de capitaux en Algérie. II est évident que la compagnie s'était trompée dans ses calculs par les exagérations du rendement de la terre. Elle se référait aux informations données par Pline qui assurait qu'on avait vu des souches de froment qui avaient 80 et même 120 chaumes provenus de la même semence, ce qui se rapproche de l'exemple merveilleux de ce blé envoyé à Néron et dont un seul grain avait fourni 340 tiges.., On en était certes fort loin !

 

Echec de la colonisation de peuplement. - Au cours de la période 1858 à 1956 (date de son " expropriation " au profit de la C.A.P. E..R (7), expropriation largement indemnisée). La compagnie mène une politique commerciale. En travaillant si âprement pour elle-même, sert-elle, en même temps, la collectivité ? Dans une faible mesure seulement. Ses intérêts particuliers se sont toujours trouvés en opposition avec l'intérêt général.

 

D'abord, elle décide de réaliser les créances hypothécaires qu'elle consenties aux petits colons et les menace d'une expropriation générale dont le résultat serait de récupérer 5 000 à 6 000 hectares et 300 maisons. C'était tuer la colonisation déjà si compromise. Elle inspire alors une pétition des colons qui supplient l'Empereur d'accepter les offres de la compagnie qui demande pour abandonner les poursuites, une concession de 20000 hectares dans la plaine du Hodna pour y créer une exploitation moutonnière. L'Etat, lassé des abandons déjà consentis, refuse.

 

Par suite des reprises sur ses débiteurs la compagnie fait alors passer son domaine de 12340 hectares en 1858 à 14518 hectares en 1861 Elle liquide matériel et cheptel et fait appel aux fermiers ou métayers. Ses revenus suivent alors une courbe ascendante.

 

Mais, dès 1862, le sous-préfet de Sétif écrit :

 

 

 

" Le vide européen s'est fait sur l'immense domaine de la Compagnie genevoise qui n'exploite plus par elle-même et ne constituera désormais qu'une caisse de recouvrement ouverte à Sétif pour le compte des actionnaires de Genève. "

 

En 1858, la compagnie avait dirigé vers l'Algérie, d'après ses statistiques, 2 956 émigrants. En 1930, ils n'étaient plus qu'une centaine. Par contre, les Arabes sont revenus à titre de locataires sur les terres de la compagnie qu'ils exploitaient auparavant comme locataires de l'Etat à des conditions bien plus avantageuses.

 

Si les revenus sont passés de 321920 F en 1870 à 13369000 F 1929, la population européenne est passée pendant le même temps de 428 à 120 et la population indigène de 2917 à 3700.

 

Non contente de recourir aux mesures expliquées plus haut, la compagnie use, pour agrandir encore son territoire et augmenter ses revenus, de procédés qu'elle prétend légaux mais qui n'en ont que la trompeuse apparence, De 1863 à 1916 se déroule la douloureuse " affaire des terrains de parcours " qui donne lieu à de retentissants procès qui firent peser un vrai malaise sur la région sétifienne. Devant la carence de l'Etat, des communes vont contre la compagnie, mais elles succombent bientôt. 

 

 

Si la compagnie a failli dans la tâche essentielle pour laquelle elle a été constituée, elle a, par contre, comme entreprise agricole, réalisé une oeuvre économique pour laquelle il convient de reconnaître ses mérites. La formule qu'elle adopte principalement est celle du métayage aux 2/5. La compagnie n'offre que son capital-terre. Le métayer fournit son travail et le matériel d'exploitation. Le partage des produits se fait à raison de 40 % pour la compagnie et 60 % pour le métayer. Mais le mode d'exploitation est strictement réglementé par la compagnie et aucune initiative n'est laissée au métayer. Cela n'est d'ailleurs pas une mauvaise chose car la compagnie a pu déterminer les modes de culture les plus appropriés au milieu et au sol.

 

Pour l'agriculture sétifienne elle aura été une excellente école. II faut signaler, ici, l'action réalisée par M. Gottlieb Ryf, directeur de la compagnie à Sétif, qui fut un véritable novateur en appliquant dès 1898 sur les hauts plateaux le " Dry Farming " qu'il avait découvert lors d'un voyage d'études aux Etats-Unis. Par ce système, la compagnie qui avait des rendements de 5 à 6 quintaux à l'hectare, atteignit 14 à 15 quintaux en 1918 (année exceptionnelle, il est vrai), mais la moyenne ressort à 9 quintaux pour le blé et à 10 quintaux pour l'orge.

 

Ces résultats économiques, s'ils sont satisfaisants, le sont d'abord pour la compagnie qui n'a aucun frais à engager. Par contre, le mode d'exploitation qu'elle impose à ses métayers leur occasionne des frais importants. Un vieux cultivateur disait un jour à M. Sautter de Beauregard, en visite à Sétif

 

 

 

" Ce ne sont pas des vivants que vous avez devant vous, Monsieur le Président, ce sont des morts, car ils n'ont travaillé toute leur vie que pour la compagnie. "

 

Du point de vue de l'État français c'est une perte sèche car chaque année, même pendant la guerre de 1914-1918, les capitaux se déversent dans les caisses de Genève. II en fut de même pendant le dernier conflit mondial. La compagnie s'est du reste abstenue de participer à tous lés emprunts de Défense nationale. Rien n'a donc été réinvesti en Algérie et aucune contribution n'a été apportée au développement de ce pays.

 

***

 

Par cette enclave soustraite au peuplement national la compagnie a gêné considérablement le développement de la ville de Sétif. En 1882, le Gouverneur général Tirman, de passage à Sétif, reçoit les doléances de la population. II reconnaît que " Sétif est étouffé par la Compagnie genevoise et qu'il est urgent de donner de l'air à la ville ". De nombreux projets se succèdent: projet Panisse en 1883 projet Lagarde en 1890. Des vœux sont émis en 1901, renouvelés en 1903 par les délégations financières et le Conseil général. En 1922, sur proposition de M. Morinaud, député de Constantine, la question est élargie et il est demandé le rachat de tous les grands domaines. Mais aucune décision n'intervient.

 

On connaît la suite... Mais on peut rêver à ce qui aurait pu être, si ces immensités de la Compagnie genevoise (15000 hectares), de la Compagnie algérienne (100000 hectares) avaient pu être remises dans les mains de nouvelles familles françaises qui par leur enracinement auraient fait souche. Pour la seule Compagnie genevoise on aurait pu installer une centaine de familles !

 

Claude SCHURER

 

SOURCES

 

- Archives personnelles et familiales.
- Archives d'Etat de Genève (archives de la Compagnie genevoise).
- " La Compagnie genevoise des colonies suisses de Sétif " - Centenaire de l'Algérie - Par René Passeron, 1930.
- " Henry Dunant l'Algérien ", de Jacques Pous, Ed. Grounauer, Genève, 1979.
- " Résumé des documents relatifs à l'émigration dans les colonies suisses de -Sétif en Algérie - Mai 1854 ", aimablement communiqué par la délégation de L'Algérianiste à Perpignan (M. Brasier et Mme L. Sèbe).
- " Annales de la colonisation algérienne ", par Hippolyte Peut, Paris, 1856.
- " Le Courrier du dimanche ", journal du protestantisme en Afrique du Nord, numéro du centenaire 1930
- Mémoires d'Isaac Morel, Bouhira, le 30 mars 1895.
- Service historique de l'Armée de terre, château de Vincennes. Service historique de l'Armée de terre -
- Service du génie à Vincennes.
- Archives nationales.

 

NOTES

 

Claude SCHURER

 

(1) L'église construite en 1844 deviendra justice de paix, puis, le 30 septembre 1887, temple protestant. L'église catholique, prés du marché, a été construite en 1867.
(2) Qui deviendra la mairie.
(3) Qui deviendra Coligny sur l'initiative du pasteur Jean Bernard entre 1880 et 1889.
(4) Le temple d'Aïn Arnat ne sera achevé qu'en 1856.
(5) Cette porte sera refermée par suite de la construction des casernes d'artillerie et de cavalerie.
(6) Les malheureux colons ont enduré bien d'autres épreuves dont la relation dépasserait largement les limites d'un simple article. II suffit de rappeler quelques-uns de ces événements

 

 

 

- en 1867, année de sauterelles et de sécheresse : la campagne est devenue un désert. Les Arabes l'appellent " l'année noire ". Les chemins sont jalonnés de cadavres par la famine qui sévit. La culture est délaissée et l'aspect de ruine règne partout ;
- l'hiver 1867-1868 arrive sans paille ni fourrage. On recherche du " diss " pour essayer de nourrir les mulets qui dévorent les crèches et les rateliers. Les vaches sont vendues à vil prix à des spéculateurs qui viennent de la région de Bône. Pour poursuivre, il faut emprunter de l'argent à des usuriers locaux au taux minimum de 15 % et acheter des semences quatre fois leur prix ;
- en 1871, c'est l'insurrection de Mokrahi qui suit la chute de l'Empire. Le pillage et l'incendie réduisent à néant les efforts. Les meules de paille et de fourrage sont en cendres, les magasins vidés, les caves et les maisons pillées, car il est impossible de mettre à l'abri des insurgés les denrées lourdes et impossibles à transporter dans ces temps troublés où l'ordre de partir se réfugier derrière les remparts de Sétif vient du commandant de la place. II faut à nouveau reconstruire, entreprendre encore sans se laisser décourager... pour certains seulement.
- en 1875 sévit une épidémie de charbon qui décime les troupeaux.
- en 1887, année de sauterelles à marquer d'une pierre noire, les récoltes sont dévorées, la vigne rongée, la luzerne " broutée " jusqu'à la racine.

 

(7) La C.A.P.E.R. est la Caisse d'accession à la propriété d'exploitation rurale qui a été créée par le gouvernement français pour racheter les terres et les redistribuer à des cultivateurs indigènes.

 

In l'Algérianiste n°29 du 15 mars 1985 et n°30 du 15 juin 1985

 

Crédit: http://www.cerclealgerianiste.asso.fr

 

Le petit sétifien

 

 

Le "Petit Sétifien" fût un journal de l'époque coloniale de 4 pages qui publia des informations sur Sétif et sa région.

 

Ci-après un exemplaire en version PDF de l'édition n° 379 du 25 Août 1949.